Forme et Fond
Par Lohey, jeudi 22 mars 2007 à 23:23 :: allégories :: #1 :: rss
« Jeu rêve que cette forêt soit mon lieu de sécurité, de plénitude, peut-être de complétude. En fait, j'y suis serein, calme, libre. Le vent, l'humidité, la vie, les sons, les couleurs, ... tout ici me comprend et me respecte !
Comment ai-je pu sortir de là ? Qu'est-ce qui, en moi, persiste à me faire croire en des sécurités morales qui, d'évidence, sont dangereuses ? »
Lohey était assis dans l'herbe, sous une branche puissante. Devant lui s'offrait la même chose que derrière lui : la nature. Et la sienne, transformée en questions...
Le bruit d'un avion prit le pas sur le chant des oiseaux. Deux mondes ! Un de pouvoir, l'autre de puissance. Un d'union, l'autre d'unité. Un temporaire, l'autre absolu. Surtout, un monde qui sépare pour juger et l'autre qui vit la vie entière, incluant ainsi le premier monde.
« Jeu rêve que cet avion raye le ciel parce que ce serait la vie, pas parce que c'est l'avis ! Jeu rêve que ce promeneur foule la terre parce que ce serait la vie, pas l'avis ! Jeu rêve que ce joueur de tablas, au loin, remplisse le silence de ses mains parce que ce serait la vie, pas l'avis ! »
Lohey percevait milles fonds et cent milles formes. Il ne séparait pas ainsi la vie par jugement, il le faisait par sagacité ouverte, juste pour pouvoir témoigner de son expérience. Il donnait sa place à la pensée ; qu'elle accepte sa richesse organisatrice des concepts, puis lâche son pouvoir contrôlant, fondé de peurs. Faire l'expérience puis penser, plutôt que penser puis y enfermer ses actes !
Percevoir en premier lieu... cet écureuil et ce marcheur. Ils ont en commun leur direction. Continuer à percevoir... l'écureuil lève la tête au passage de l'avion. Le marcheur marche. L'écureuil change soudain sa direction. Le marcheur marche. L'écureuil s'arrête, observe à la ronde. Le marcheur marche. L'écureuil saute sur une branche, cueille une pomme de pin. Le marcheur marche.
Percevoir en premier lieu... cette coccinelle et cette autre marcheuse. Elles ont en commun la couleur de leur robe. La coccinelle avance sur son chemin. La marcheuse la voit. La coccinelle avance sur son chemin. La marcheuse s'arrête. La coccinelle avance sur son chemin. La marcheuse prend son appareil photographique. La coccinelle avance sur son chemin. La marcheuse capte une image. La coccinelle avance sur son chemin. La marcheuse regarde l'avion passer. La coccinelle avance sur son chemin. La marcheuse se met en lotus et commence une méditation. La coccinelle atteint enfin, au bout de la tige, le puceron qu'elle mange goulûment.
La coccinelle avance sur son chemin... Lohey souriait et parfois regardait l'écureuil, le marcheur, la pomme de pin, les empreintes de pas. En suivant la marcheuse du regard, il avait vu aussi la coccinelle. Puis la marcheuse arriva vers lui, lui sourit, lui dit :
- Bonjour ! Ca va ?
- Salut ! Ta robe est jolie ! Es-tu photographe ?
- Non ! Non ! Juste que j'aime la nature, tu vois. C'est une démarche spirituelle pour moi. Tu vois, j'ai beaucoup lu sur la spiritualité, mais l'expérience, il n'y a que ça de vrai ! Je pratique la méditation. J'ai vu que tu me regardais tout à l'heure... Tout ça est important pour moi ! Je pense que c'est par l'attention que l'on peut travailler sur soi, prendre conscience de nos énergies et de celles du monde ! Tout ce monde matérialiste est désespérant ! Si je n'ai pas ma dose de nature pure, j'explose ! Et peut-être que je les explose tous, dit-elle en rigolant. C'est terrible ce qui arrive, tu sais ! Les gens sont mous, conditionnés ! Nous vivons dans une société de malades, tu vois !
- J'entends. As-tu vu l'autre marcheur et l'écureuil ?
- Ha non ! Tu sais, j'étais très concentrée sur mes sensations, mes émotions. C'est important pour moi ! Allez, je vais continuer. Je dois aller au mont Réussite. Au revoir et Bonne continuation !
Lohey la regardait partir. Il la trouvait belle et son parfum lui était très agréable. Le marcheur arriva jusqu'à l'ombre où Lohey se lovait... et aimait. Il lui sourit :
- Salut !
- Salut ! Où marches-tu ainsi ?
- Jeu ne sais pas... Jeu marche... attentif...
- J'entends. As-tu vu la marcheuse et la coccinelle ?
- Oui, c'est l'écureuil qui a attiré mon attention vers eux. La marcheuse est jolie. Jeu crois qu'elle a peur aussi. N'est-ce pas ? J'ai vu que tu as parlé avec elle...
- Oui !
Ils sourirent ensemble, se regardèrent longuement. Le marcheur devint discuteur. Il s'assit dans l'herbe et partagea ses expériences avec Lohey... leurs expériences... Ensemble, différents, ils changèrent un monde !
Copyleft Lohey 2007 - Photographies de Lohey : "Tunnel Vert" et "Déception d'E.T."
~ Commentaires ~
1. Le mardi 2 juin 2009 à 12:19, par freesia
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