être humain

Un coquelicot bleu

Il était une fois, seulement une fois, Lohey, un des êtres humains de la planète Raison. Un jour, il avait marché au creux d'une vallée merveilleuse. Les montagnes environnantes étaient encore oranges d'avoir contemplé le soleil levant. La terre présentait à la lumière nouvelle une rosée à sublimer.

Lohey vivait ce jour comme si c'était le premier ! La vie l'entourait et l'intourait ; des couleurs, des odeurs et des mouvements remplissaient sa réceptive vacuité. Il vivait que la séparation entre le vide et le plein était une vue de l'esprit.

Derrière l'envol d'une coccinelle, il fut appelé par un coquelicot au bleu vif et percutant. Il fronça les sourcils comme pour nettoyer son regard d'une illusion. Il s'approcha, observa, toucha. Le coquelicot était bleu !


Quelques jours plus tard, Lohey avait porté sa présence parmi d'autres êtres humains. L'occasion lui vint de témoigner du coquelicot bleu. Il témoigna.

Il écouta alors les multiples réactions évoquant ce que lui avait vécu. Chacun ou presque avait un avis sur le sujet : scientifique, éthique, moral, humain, subjectif, objectif, classique, moderne. De toutes les façons, un coquelicot bleu, c'était impossible ! Et puis il y avait, à disposition des mémoires, de nombreuses explications pour justifier cet impossible. La pièce se remplit rapidement de concepts, de croyances, de peurs, de résistances. Si ce que disait Lohey était vrai, alors beaucoup d'idées étaient remises en question. Heureusement, c'était impossible ; il y avait beaucoup de mots qui avaient été transmis, parfois même, par des gens célèbres et tous infirmaient cette hypothèse. Heureusement, c'était donc forcément faux !

Lohey écrivit sur la feuille devant lui : « La séparation entre le vrai et le faux dessine les contours d'un paradigme donné ! ». Il ne souhaitait pas dire une vérité, il ne pensait pas avoir raison, simplement il témoignait de son expérience. Beaucoup répondaient à ce qu'ils pensaient être les idées de Lohey, se répondant à eux-mêmes. Personne ne lui posa de question pour savoir.

Il avait écouté tout le monde, il s'était écouté écouter tout le monde, respectueux, aimant. Il ne le voulait pas, il le constatait. Ca lui plaisait, il souriait. Il avait écouté ses propres réactions intérieures et ses propres fantasmes : « Ils pensent que je suis prétentieux, orgueilleux ou que je me crois meilleur ou que je m'invente des expériences, me fais des idées ! ». Il n'accorda pas de valeur à ses propres pensées, il les prit simplement en conscience et ne leur donna aucune autre activité.

Lohey écrivit sur la feuille devant lui : « L'humilité ne consiste pas à se placer en bas ou au milieu d'une hiérarchie entre les êtres humains. L'humilité manifeste la conscience que cette hiérarchie n'existe pas ! ». Au-delà des réactions, il regarda chacun ; ils étaient tous extraordinaires ! Il ne le voulait pas, il le constatait. Ca lui plaisait, il souriait.


Quelques jours plus tard, Lohey avait reçu de nombreuses réactions. Il avait aussi partagé quelques actions, plus rarement.

Un matin qu'il ne réussit pas à vivre comme s'il était le premier, il douta du coquelicot bleu. Alors il repartit dans la vallée merveilleuse. En marchant, il se souvint qu'aucune personne réactive ne lui avait jamais seulement demandé où était le coquelicot bleu, pour aller voir par elle-même. Y penser semblait suffisant et rassurant... sans aucune conscience qu'une expérience humaine était ainsi niée.

Il jugea un peu cette généralité d'êtres humains. Il en prit conscience, il se sut alors blessé, et ne s'attacha pas à ses pensées. En conséquence, elles se dissipèrent...

Il se rendit tout droit là où il avait découvert l'incroyable fleur. Mais elle n'était plus là ! Il n'y avait plus que des fleurs rouges, partout autour de lui ! D'innombrables fleurs désespérément rouges !

Il fronça ses sourcils pour nettoyer l'illusion de son désespoir et s'arrêta immédiatement de chercher à avoir un résultat. Il finit de se faire avoir et se fit être. Il respira lentement. Autour de lui et en lui, il regarda la nature dont ses pensées avaient bloqué la perception jusqu'alors. A l'instant où il la perçut nouvelle, il éclata de rire et poussa au ciel un puissant cri libérateur !

Il sourit et s'assit parmi les fleurs. Les narcisses étaient rouges. Tous les narcisses étaient grands et rouges !

Devant lui, il trouva un livre, le prit, l'ouvrit et lu : « Il y a une chose, une seule, pour laquelle les humains semblent vouloir tout sacrifier. Ils sacrifient volontiers l'amour, la paix, la santé, l'harmonie et le bonheur, tout comme la sécurité et même leur équilibre mental, à cette seule et unique chose. Le fait d'avoir raison. »


Copyleft Lohey 2007 - Photographies de Lohey : "Coquelicot bleu" et "Piège"


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~ Commentaires ~

1. Le jeudi 12 avril 2007 à 17:21, par Benoit

Je suis tombé par hasard sur ton site. Je trouve tes textes vraiment bien, riches et simples à la fois, comme un élève peut l'attendre d'un enseignement. Moi aussi j'écris quelque fois, et je partage, en ayant lu le peu de textes que je viens de lire, ton niveau de compréhension de la nature humaine, ou du moins, ta perception de l'humanité.

Bonne continuation et
Merci.

* Lohey : Merci beaucoup de ton témoignage Benoit. ;)

2. Le vendredi 14 mars 2008 à 16:11, par Béneix

Je venais de prendre conscience que la différence entre un organisme vivant et un être humain c'est que l'être humain est dépendant de son interprétation. Donc je vais sur Google pour appeler "être humain" je m'attendais à Wikipédia!
Comme je suis d'accord avec vous: nous sommes dans une piètre démocratie; et que les humains dépendent des interprétations qu'ils ont, je vous donne mon courriel afin que nous leur laissions de nouvelles façons de voir. Par expérience je sais que les "vieux" peuvent avoir une crise cardiaque; or c'est une gérontocratie que nous avons ou un club de golfeurs. Il nous faut changer d'époque. je compte sur vous.

* Lohey : Oui, il est devenu urgent de changer notre conception de nous-mêmes, de la vie et de la société. De toute évidence nos conceptions actuelles créent corruptions, irrespects et violences.

« Le monde que nous avons créé est le résultat de notre niveau de réflexion, mais les problèmes qu'il engendre ne sauraient être résolus à ce même niveau. » Albert Einstein

3. Le dimanche 18 avril 2010 à 20:45, par nighty

Plus le monde est grand et plus il est capable de choses formidablement belles... mais en même temps plus il s'évertue à donner parfois le pire de lui même.

c'est étrange de voir que la foule est capable de faire des choses bien plus grandes et plus fortes... mais qu'une foule réfléchit moins bien qu'un seul.

nous sommes capable de faire de telles choses.... il est dommage de voir que ces choses nous sont souvent bénéfiques au niveau local et limité mais tellement destructrice au niveau général et planétaire.... snif.

* Lohey : Jeu partage parfois cette solitude que tu exprimes... Jeu fais de mon mieux pour ne pas en faire un isolement. ;*

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