AVOIR des informations ou ETRE informé ?
Par Lohey, vendredi 30 mars 2007 à 23:44 :: être en société :: #4 :: rss
J'ai remarqué que le comportement le plus commun vis à vis de l'information et sa sélection est le suivant :
- La personne ne sélectionne pas en fonction de l'information elle-même, mais en fonction soit de l'auteur/diffuseur de l'information (selon la confiance qu'on lui prête), soit en fonction de ses propres croyances (jeu suis d'accord ou pas).
- Elle se forge une opinion vis à vis de l'information en question, avis auquel elle va être plus ou moins attaché.
Dans mon expérience, cette façon de sélectionner l'information est très infonctionnelle et ne conduit qu'à renforcer ses propres (ou sales) croyances ! L'ouverture d'esprit dans cette démarche ne consistera qu'à accepter de modifier quelques croyances périphériques, peu conséquentes dans la vie concrète du penseur. La stabilité étant en général son illusion de sécurité...
Une sélection qui m'est plus pertinente (et que jeu mets en pratique) est la suivante :
- Jeu sélectionne une information uniquement en fonction de son contenu, non pas pour rejeter ou accepter, mais pour évaluer le niveau d'abstraction de l'information ET la proximité de l'information avec le 'fait réel'.
- Jeu ne me fais aucune opinion, simplement jeu garde en mémoire ET l'information ET ses qualités d'abstraction et de proximité avec la réalité. Une information et 2 critères.
Cette manière permet d'accumuler des informations avec un tri qualitatif, vivant et pertinent, plutôt qu'un tri émotionnel et culturel (et donc conditionné). Ainsi, petit à petit un réseau de probabilités se construit quant à un événement et clarifie la vision du penseur au fur et à mesure qu'il s'informe. Ainsi, il est libre de toutes opinions, indépendantes les unes des autres. AVOIR une opinion n'est pas son propos, son propos est d'ETRE informé !
Il est alors un marcheur libre de tout chemin, dans le brouillard permanent des interprétations humaines, brouillard dont la densité faiblit au fur et à mesure que les probabilités augmentent pour certains chemins qu'il peut alors choisir de prendre ou pas... Il n'en suit pas un, la tête baissé, il est libre de tout déplacement et cherche moins la vérité qu'il ne prend la responsabilité du choix de son propre chemin d'information !
1) Pour cette pratique, il s'agit d'avoir en conscience l'aptitude humaine à l'abstraction et de comprendre que celle-ci n'est pas binaire mais contient de nombreux niveaux (voire la Sémantique Générale de Korzybsky). Le niveau le plus proche de la 'réalité' est le niveau dit "silencieux", un niveau de perception pure, sans interprétation langagière, ni parlée, ni pensée. Niveau inintéressant donc, du point de vue de la diffusion d'information. Puis l'on peut considérer un niveau de faible interprétation ; un niveau d'expression très factuelle de l'événement : "Paul a giflé Arlette !". Ce niveau de neutralité est supposément le seul niveau autorisé par l'éthique journalistique mais puisqu'il est évident que le métier ne respecte plus cette éthique, il est maintenant temps que chacun devienne journaliste et récepteur d'informations consciencieux. Et bien sûr, il y a ensuite de nombreuses interprétations possibles, avec des niveaux d'abstraction/de généralisation (et de distortion) de plus en plus 'élevés' : "Paul a commis un acte odieux sur Arlette !", "Paul déteste Arlette !", "Paul est un salaud !", "Les hommes sont violents !". Ici donc, en tout, un seul événement et 5 niveaux d'abstractions depuis le fait jusqu'à une généralisation globale, en passant par 3 intermédiaires.
Il est facile de repérer que moins l'expression est factuelle, moins nous savons exactement ce qu'il s'est passé et moins nous pouvons faire notre propre évaluation. Accepter une expression peu factuelle, c'est accepter les interprétations, croyances, morales de celui qui l'exprime !
2) Il est aussi utile d'évaluer la proximité de l'expression avec le fait exprimé. C'est à dire : Est-ce que la personne qui parle a directement perçu ce dont elle parle ? Est-ce qu'un témoin direct lui en a parlé ? Est-ce qu'elle se situe après un nombre indéterminé d'intermédiaires ? Est-ce qu'elle la lu/vu dans la presse ? Est-ce qu'elle ne connait même pas la source ? Est-ce que ce niveau de proximité est inconnu ?
Ainsi, lorsqu'un receveur d'information utilise la pratique proposée ci-dessus, il lui suffit de retenir une information, de la qualifier avec ces 2 critères et de ne pas se faire une opinion. Puis laisser son raisonnement à l'oeuvre, libre, au lieu de l'orienter avec des croyances et des intentions. Cela fonctionne très efficacement ; les 2 critères proposés étant en fait très naturels à l'humain (même s'il n'en a pas conscience) ! Plus une information est factuelle et de proximité proche à la réalité, plus elle est pertinente ! Attention, ça ne signifie pas qu'elle soit "vraie", elle est simplement plus utile ! Et plus une information est abstraite/générale et son auteur éloigné du fait, moins elle est utile, et le penseur sait alors que beaucoup d'éléments ont été inévitablement perdus.
Jeu pourrais dire que le besoin de savoir ce qui est vrai et ce qui est faux est un frein à l'information ! Le plus vite un être-humain sort de l'illusion qu'il pourra connaître une "vérité", le plus tôt il commence à s'informer de façon réaliste, c'est à dire dans les limites des capacités/incapacités humaines dans ce domaine. Ironiquement, plus un être humain se croit capable de connaître la vérité, plus il s'éloigne de la 'réalité subjective humaine' et perd sa capacité à interagir avec elle de façon efficace, pertinente et harmonieuse. En très clair, plus il délire ou prend ses désirs ou cauchemars pour des réalités !
En passant, un être humain peut ne pas perdre d'esprit que s'informer n'est pas une activité séparée du reste de la vie humaine et qu'il reste intéressant, pour le moins, de s'informer dans l'amour et le respect des autres avant tout. Après tout, l'information est moins un problème que le droit que l'on peut ressentir de se battre pour ses idées et détruire celles des autres et éventuellement les autres avec (physiquement et psychologiquement).
Copyleft Lohey 2007 - Photographies de Lohey : "Neurone et Informations" et "War is good"
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