Conscience de conscience
Par Lohey, jeudi 12 avril 2007 à 21:14 :: allégories :: #7 :: rss
ou les rêveries multiordinales
Jeu me promenais au cœur d'une magnifique forêt ; hêtres, trembles, chênes, boulots, frênes, charmes, noyers, tous composaient un monde infini à découvrir. Ma vie touchant celle de ces membres d'un tout, elle grandissait par perceptions et émissions directes. Ma vie mobilisait ainsi ma conscience et la rendait dynamique, fluide, instable, changeante, curieusement réceptive, mobile. Là précisément est sa stabilité, sa puissance, sa constance, sa nature immuable.
De ce point-instant exact, jeu fis une première rencontre. Un être blanc à qui jeu demandais : « Quel est cet état modifié de ma conscience, le sais-tu ? ». « Oui, bien évidemment, répondit-il, c'est de la méditation ; une méditation active que tu vis ! ». Il sourit.
Jeu poursuivis mon chemin jusqu'à croiser celui d'un être en lotus à qui jeu posais la même question. Sa réponse remplit un sous-bois : « Oh oui ! C'est une relaxation ; une relaxation profonde que tu vis ! ». Elle sourit.
Perplexe, jeu me mis à suivre mes pas jusqu'à une légère clairière, à l'endroit-moment précis d'une troisième rencontre avec un être à la voix d'eau. A la même question, son retour fut immédiat : « Je sais, certainement ! C'est un état sophro-liminal que tu vis ! ». Il sourit.
Confus, j'avançais sur un chemin inexistant et j'aboutis droit devant le regard d'un être aux bras ouverts. Ma question se répéta et son propos résonna ainsi : « Je vois oui ! C'est une transe que tu vis ! ». Avant qu'elle ne sourit, j'osai une deuxième question : « Mais jeu ne comprends pas ! Chacun me dit que jeu vis quelque chose de différent. Pourquoi ? ». Elle pencha la tête et souffla : « Tu peux ne pas confondre ce que tu vis et ce que tu en fais. Tu peux faire bien des choses d'une expérience. Souviens-toi de ceci ! ». Elle sourit.
Intrigué, jeu marchais dans l'attente et finis par entrer au contact d'un être de lumière. Jeu lui demandais : « Quel est cet état modifié de ma conscience, le sais-tu ? ». Il dit alors : « Evidemment oui ! C'est une prière, une prière vraie que tu vis ! ». Il sourit.
Jeu commençais à éprouver des difficultés à me suivre et, avec peine, jeu me rapprochais d'un être qui se grattait le front. En conséquence de toujours ma même question, sa réponse fut très précise : « C'est facile ! Tes ondes cérébrales sont majoritairement au rythme alpha, c'est ce que tu vis ! ». Elle sourit.
Démultiplié, jeu traçais une route improbable qui me mena précisément vers l'attention d'un être en cravate. Jeu le regardais. Aucune question ne sortit de ma bouche. Il sourit.
« Sans question, tu vas pouvoir choisir de te réunir maintenant. Les mots sont les mots. Ton expérience est ton expérience. Ces deux mondes ne se rencontrent que pour témoigner infidèlement de ton vécu, vers quelqu'un d'autre. C'est utile, surtout en conscience que c'est infidèle à ton expérience. Lorsque tu penses, tu peux le faire en conscience que tu déclenches alors tout un processus : abstraire par sélection, généralisation et déformation, puis comparer ces concepts créés au filtre de tes croyances et valeurs et, pour comparer, séparer. Tu ne peux comparer qu'en séparant ! Ca ne signifie pas que la séparation existe ! Ca signifie que la séparation est ton outil pour penser, un outil fondamental.
Alors tu décides d'appeler "conscience modifiée" certaines expériences et "conscience" tout court d'autres expériences. Tu pourrais décider de faire exactement l'inverse, ce serait aussi juste et aussi faux en même temps ! Décider que ta conscience est cet état que tu vis ouvert, libre, intuitif, réceptif d'une certaine manière, peu importe les mots. Et que l'autre état, plus "éveillé", parfois davantage stressé, réceptif autrement, celui qu'aujourd'hui tu vis plus fréquemment, est un état modifié de ta conscience.
Qui décide à quel endroit est l'éveil et à quel endroit est la modification ? Quel éveil, l'éveil à quoi ? Une modification selon quels repères ? As-tu besoin de décider ? Tu peux ne pas vivre cette question comme un travail où ton être s'ébranle à trouver une solution à une séparation créée de toute pièce. Tu peux ne pas oublier que tu as créé cette séparation uniquement pour parler de ton expérience, et que ça n'est plus l'expérience ! Les chaînes d'un tel parcours laborieux freinent ta nature et la submerge de questions. Tu as su ceci au moment même où tu es entré dans la forêt ! Souviens-toi : Ton être tremble et les chaînes du boulot freinent ton charme jusqu'à le noyer.
Ta conscience est tout ce qu'elle te permet, en entier ! Elle n'est pas "plus elle", "moins elle", ou "elle modifiée", à certains moments comparés à d'autres. Elle est ! Seules les limites que tu lui penses créent des frontières ! Et ces limites abstraites créent aussi le besoin de techniques pour les franchir. Ces techniques te sont davantage utiles à franchir tes idées au sujet de la conscience qu'à franchir des états de ta conscience. Tu peux vivre ceci, naturellement ! Ta conscience est une, entière. Elle est ! »
Soudain, jeu me réveille, sous ma couette !
Jeu fixe ce rayon de soleil qui perfore la pénombre de ma chambre, lorsque j'entends mon hypnothérapeute : « Je vais poser ma main sur ton épaule. Tu pourras alors, à ton rythme, revenir doucement à une conscience pleine de ton corps sur cette chaise, ici et maintenant. ».
Jeu sens sa main, recontacte son regard attentionné et j'entends alors la voie de mon sophrologue : « Tu peux revenir enfin, tranquillement, à une conscience plus éveillée de ta respiration et, lorsque tu le souhaiteras, ouvrir les yeux. ».
Au moment où jeu les ouvre encore, jeu perçois immédiatement sur mon visage une brise légère, parfumée de la fragrance des pins maritimes, le soleil sur mon visage, le bruit des vagues manifestant une limite non définie à l'océan, mon pas tranquille rythmant mes rêveries. Et ce mouvement de ma conscience si particulier qui m'en sort.
Et encore le même mouvement, ici devant mon écran d'ordinateur, lorsque jeu vois se taper les derniers mots d'un texte au sujet duquel j'accepte avec plaisir de ne pas me demander d'où il vient...
Copyleft Lohey 2004 - Photographies de Lohey : "Le Magicien" et "Suivre le lapin blanc"
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1. Le mardi 24 avril 2007 à 17:30, par Ron
2. Le mardi 7 août 2007 à 19:28, par Tàri
3. Le jeudi 15 novembre 2007 à 17:01, par lilou
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