Décider et Choisir
Par Lohey, mardi 17 avril 2007 à 21:09 :: les nuances évolutionnaires :: #11 :: rss
Posé de définitions
Jeu pose, d'un côté, que « décider » est le verbe qui représente les actes qui suivent un mouvement de ma pensée seule, de mon mental. C'est ainsi que jeu prévois, organise, contrôle, raisonne, réfléchis... que jeu pense à ce que jeu vais faire et que, en résultat, jeu prends une décision. C'est l'approche rationnelle, capable de considérer l'ensemble de mon connu, qu'il soit à mon sujet ou au sujet du monde, puis déterminer un chemin dans ce monde. Il me reste ensuite à faire l'effort de suivre cette voie décidée, me mettre en mouvement dans le monde tel que jeu le perçois, pour atteindre mon but, mon objectif, ou ma finalité. La nuance importante, à mes yeux, étant que jeu suis la seule cause de la décision.
Le Petit Robert considère quatre définitions pour le mot « décider », toutes très explicites sur le caractère définitif, figé de ce comportement humain :
- « Porter un jugement, adopter une conclusion définitive sur... - Arrêter, déterminer »
- « Disposer en maître par son action ou son jugement - déterminer, être la cause principale »
- « Être fermement déterminé à »
Jeu pose, d'un autre côté, que « choisir » est le verbe qui représente les actes qui suivent un mouvement d'attention pleine devant les multiples choix que chaque instant porte à ma sagacité. La concentration est une sélection mentale, intellectuelle, une focalisation et elle ne peut que conduire à la décision. Par contre, l'attention est une ouverture de soi à toutes ses fonctions (conscience, pensée, émotion, sensation, sentiment, intuition) et elle permet de cesser de procéder à une sélection dans sa perception de la réalité. Il en résulte une capacité à percevoir beaucoup plus de possibilités, à chaque instant, accompagné d'une candide confiance à choisir, parmi toutes ces portes ouvertes, une opportunité qui me permettra une expérience significative.
Cette expérience ne peut pas être jugée dans un cadre moral, ne peut pas être considérée "bonne" ou "mauvaise"... sauf à revenir à la logique duelle du processus rationnelle. Or ici, jeu veux évoquer l'approche intuitive. La nuance essentielle, à mes yeux, étant que jeu ne suis alors qu'une partie de la cause du choix.
Lorsqu'un mouvement de l'être est bien un choix, au sens décrit ici, il n'est que le seuil d'une porte et s'oriente vers un inconnu. Puisqu'il n'a pas été prévu, organisé, pensé et qu'il n'est qu'un mouvement dynamique s'ouvrant sur une occasion de l'ici et maintenant, il ne peut que rapidement produire de l'inconnu. Si un acte me conduit à du connu, jeu reste bien dans le cadre de ma pensée (dont c'est le rôle d'organiser le connu). L'expansion de soi ne commence que dans le vide, le nouveau, l'espace ouvert et libre. Ainsi, « choisir », c'est gagner une conscience nouvelle, avancer, se développer, vivre cet inconnu qui, par définition, ne peut pas être décidé.
Le Petit Robert considère une seule signification pour « choisir » :
- « Prendre de préférence parmi d'autres - Être difficile dans le choix de, préférer avec discernement - Prendre une décision en faveur de (une chose, un parti parmi plusieurs propositions ou possibilités) »
Approche rationnelle et approche intuitive
En parlant un peu de « moi passé », jeu peux affirmer que j'ai strictement suivi une approche rationnelle jusqu'à 28 ans, à peu près dans tous les domaines de ma vie. Cette logique m'a permis d'obtenir de nombreuses satisfactions ; il se trouve que jeu suis relativement à l'aise avec le mental, les concepts abstraits et j'ai donc su organiser mon connu d'une façon qui me convenait tout à fait. A l'époque, j'aurais appelé cette satisfaction « le bonheur »... jusqu'à ce qu'une violente dépression existentielle me donne l'opportunité de vivre les différences réelles entre « satisfaction » et « bonheur ».
Ainsi, pour ce qui me concerne, jeu sais les pouvoirs et les limites de mon approche rationnelle, les pouvoirs et les limites de mes décisions, donc. Pour être plus précis, jeu n'ai jamais vécu de conséquence directe d'une décision qui m'amène à autre chose que soit une déception, soit l'obtention de ce que j'avais décidé ; l'obtention donc de quelque chose de déjà connue. Ceci peut être très satisfaisant (ou très insatisfaisant selon l'issue) ! C'est une des façons de vivre, ou plutôt, jeu peux faire de cette partie de ma vie, une vie entière.
En passant, si jeu suis dans l'illusion qu'il n'y a que l'approche rationnelle de possible, si jeu suis enfermé dans la croyance « je pense donc je suis », alors rapidement, jeu ne peux que décider, par peur plus ou moins consciente des insatisfactions, tout un tas de démarches pour modifier, manipuler l'extérieur de moi-même, y compris les autres. Plus j'ai peur de l'insatisfaction, plus jeu suis dépendant de la satisfaction, plus jeu peux ne pas hésiter à entreprendre des actions destructives ! Il n'y aurait là, comme mouvement originel, rien d'autre qu'une soumission à ma peur, elle-même provoquée par la prison dans laquelle j'ai restreint mes aptitudes.
Vue de l'extérieur par contre, jeu peux être jugé « mauvais » et mes actions peuvent être jugées comme quelque chose de « mal ». La réalité est que, concrètement, jeu ne dispose d'aucune autre solution dans mon contexte de pensée, d'autant que j'y suis identifié. Jeu crois que jeu ne suis rien d'autre que ce que jeu pense : « je pense donc je suis ». Jeu fais de mon mieux, étant donné ma vision du monde et de moi-même. Et, la contrainte est un fait : le rôle de la pensée n'étant que de gérer le connu, elle n'a pas d'autre capacité que produire soit la satisfaction, soit l'insatisfaction ! Elle n'a aucune aptitude à s'étendre, s'élargir, par elle-même. La réalité n'a concrètement rien de duelle en soi, mais, vue à travers le filtre de ma pensée, il m'est impossible qu'elle soit autrement puisque c'est le moteur même de la penser que de mesurer, comparer, classer et, pour ce faire, séparer les choses (souvent en des notions qui s'opposent et s'affrontent) !
Ainsi, jeu ne sais accéder à un élargissement concret de ma conscience que par l'approche dite « intuitive », que par le fait de choisir plutôt que décider. Lorsque jeu choisis, c'est dans l'instant, ça n'est donc pas prévu. En ça, il y a déjà la participation de davantage que moi-même à ce qui sera la suite de ma vie.
Surtout, le choix n'est qu'une orientation, pas une destination ! Jeu ne sais pas, lorsque jeu choisis, où me conduira ce choix. Sinon, si jeu sais, alors c'est une décision !
Aussi, jeu constate que, très souvent, la première idée, que j'ai créée à l'instant du choix, s'avère fausse au fur et à mesure que j'avance dans l'orientation choisie. Devant cet état de fait, si jeu reste attaché à un « devrait être » particulier, à une image de ce que jeu dois vivre, si jeu persiste à établir un contrôle, alors jeu quitte le choix et j'entre dans la décision. Un choix abouti invite, pas à pas, à lâcher prise avec ce que la pensée peut capter à chacun de ces pas. Puisque le choix m'amène à l'inconnu, ma pensée ne peut rien prévoir, elle ne peut qu'organiser ce qui est vécu, au fur et à mesure.
Jeu fais l'expérience que cette approche m'amène toujours à quelque chose de bien plus vaste que la satisfaction... bien plus vaste même que le bonheur (qui reste le pendant du malheur). Jeu peux appeler ceci « la plénitude »... peut-être « la complétude ». Peu importe le mot, jeu ne présente plus d'intérêt pour la satisfaction ou le bonheur, concepts devenus ineptes. Jeu ne présente plus (ou très peu) de peur pour l'inconnu. Jeu deviens créateur de moi-même à chaque instant et, ceci, par l'intégration de ce qui me dépasse au moment où jeu le choisis ! Jeu précise que jeu ne connais qu'une seule voie concrète d'intégration : mon expérience personnelle. Et si l'approche rationnelle m'amène à refaire l'expérience de ce que jeu connais déjà, par contre l'approche intuitive peut m'amener à n'être qu'une partie de la cause de ma vie, l'autre partie me dépasse.
Le choix d'être
« C'est bien jolie, cette histoire ! Mais je vais pas me mettre à faire n'importe quoi, tout ce qui me passe par la tête !? Ce serait le chaos ! »
J'ai, pour commencer, deux remarques à cette éventuelle réaction ou à des réactions similaires. La première est que, précisément, il ne s'agit pas de faire ce qui « passe par la tête », puisqu'au contraire, il s'agit de remettre « ce qui passe par la tête » à sa place et ainsi observer que la pensée n'est plus le maître à bord.
La deuxième est que, s'agissant de la peur du chaos, jeu constate que c'est une peur qui, souvent, refuse de regarder combien le chaos est déjà présent, aussi bien dans le monde extérieur que dans le vécu intérieur d'une majorité de nos contemporains, en tout cas occidentaux (jeu connais mal les autres). D'ailleurs, puis-jeu avoir peur de quelque chose que jeu n'ai pas en tête, dans mon connu ? Ce chaos effrayant est bien celui que jeu connais déjà ! N'est-ce pas ?
De plus, non il ne s'agit pas de « faire n'importe quoi », d'ailleurs jeu ne l'ai pas écrit ! Il s'agit d'incarner la liberté d'être. Par « liberté d'être », j'entends m'émanciper de mes entraves morales, de mes conditionnements. J'entends aussi être devenu suffisamment familier de mes émotions pour les vivre d'une façon qui me permette de les écouter entièrement, les écouter jusqu'au changement effectif de mon identité (ou sa transcendance). Ainsi, jeu peux choisir les occasions de mes émotions, de mes barrières, de mes contraintes comme autant de chances d'explorer ce que jeu ne sais pas de moi-même. Ne pas penser mes émotions, mes limites, mais en faire l'expérience afin de me voir autrement, faire l'expérience de moi-même et me donner le pouvoir de changer.
Dans tous les cas, au niveau de l'être, jeu choisis toujours ! Jeu ne peux pas choisir de ne pas être ! Jeu suis (que jeu le pense ou pas) ! Ainsi, la plupart du temps inconsciemment, devant une émotion ou un obstacle quelconque, certains choisissent de vivre le mal-être. Ils jugent que cette circonstance n'est pas celle qu'ils veulent et installent alors la comparaison entre « ce qui devrait être » et « ce qui est », créant ainsi une tension, une souffrance. Le bien-être ou le mal-être ne peut, par définition, qu'être issu d'une morale, d'une séparation de la réalité humaine en deux camps. Ainsi, si jeu me libère de cette morale, jeu développe mes possibilités d'être autrement devant cette circonstance. Du choix inconscient de « qui jeu suis », vécu à mon insu, jeu peux alors passer à un choix conscient... et « choisir qui jeu suis » !
Car jeu suis un être humain ! Il n'y a qu'une seule chose que jeu puisse choisir réellement : c'est « être » ! « Être » est le seul choix qui, par définition, implique l'être en entier plutôt qu'exclusivement la pensée. Jeu sais être, jeu sais tout être (peur ou amour, jalousie ou liberté, dépressif ou joyeux, force ou tendresse, etc) ! C'est mon fondement ! Lorsque jeu choisis « qui jeu suis », alors, ce que jeu fais découle... en conséquence de « qui jeu suis » !
Et c'est précisément, très précisément, en cela que, dans l'acte de choisir, jeu ne fais pas « n'importe quoi »... simplement, mon état d'être permet la liberté de l'action dans l'intelligence de l'instant ! Ca n'est pas « n'importe quoi », c'est la conséquence active de « qui je suis »... car j'ai la capacité de créer « qui je suis » à chaque instant en décidant ce à quoi jeu m'identifie. Jeu le fais, à chaque instant, de toute façon, consciemment ou inconsciemment. La plénitude ou complétude, ou tout ce qu'il te plaira d'utiliser comme mot, est la conscience de cette création permanente !
Jeu suis un être humain, ma capacité n'est ni dans le faire, ni dans l'avoir, elle est dans l'être ! A mon sens, nous avons construit un monde à l'envers où nous croyons qu'il faut avoir des choses, pour pouvoir faire certaines choses dans le but d'être heureux ! En fait, jeu ne peux que choisir qui être, ce qui fonde un panel de faires possibles, qui manipuleront des avoirs avec peu de possessivité ! Être en plénitude est un des choix possibles, et c'est la cause de mes actes, non pas leur conséquence ! En tant qu'être humain, dans mon plein pouvoir, jeu sais choisir « qui je suis », ce que je fais, en découle ! Et jeu choisis « qui je suis » continuellement... consciemment ou inconsciemment...
En gagnant la conscience pleine et active de ceci, jeu gagne mon pouvoir à choisir, jeu gagne une approche intuitive, jeu m'ouvre, centré, à toutes les possibilités, jeu ne fais plus d'efforts pour bouger dans le monde, c'est le monde qui bouge vers « qui je suis » et me propose, chaque instant, une multitude de « je », autant d'expériences de moi-même. Jeu joue la vie plutôt que jeu la subis !
Merci de ne rien croire de ce que j'écris. Mon texte n'a pas pour intention de convaincre. Simplement de témoigner, et t'inviter ainsi à faire tes propres expériences.
Copyleft Lohey 2004 - Photographies de Lohey : "Satisfaction" et "Plénitude"
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1. Le mardi 16 octobre 2007 à 14:22, par Jean-Luc
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