être humain

Du pardon à l'amour

* Bakhta : Ce week-end, j'ai fait quelque chose que je n'avais jamais fait auparavant : j'ai pardonné. Une personne m'a fait du mal qu'elle a regretté tout de suite après. J'avais coupé toute communication avec elle depuis plusieurs mois. Je ne connais pas la haine, mais je sais cultiver l'indifférence. Sans la détester, sans la haïr, sans même lui en vouloir, j'avais cesser tout simplement de communiquer, comme si on ne s'était jamais connues.

Puis j'ai appris que cette personne déménageait samedi. Samedi, la première chose à laquelle j'ai pensé en ouvrant les yeux, à mon réveil, c'était : "Vas lui donner un coup de main pour son déménagement. C'est un jour important et il faut que tu sois là". J'y suis allée.

Pardonner est un concept qui était inconnu pour moi, jusqu'à maintenant. Je pensais que c'était un signe de faiblesse. Comme si on autorisait explicitement les autres à nous faire du mal, à nous nuire. Comme si on leur disait : "Allez, vous pouvez venir m'attaquer, je ne riposterai pas... et en plus si vous me blessez, je ne vous en voudrai même pas !". Je pensais qu'il ne fallait jamais pardonner, en aucun cas, au moins pour se protéger des éventuelles blessures à venir... Je pensais que ceux qui ont le pardon facile sont ceux qui ne sont pas assez courageux pour vivre sans l'approbation, l'amour ou la reconnaissance de celui qui nous a blessé, intentionnellement ou non.

Pour moi, tout espoir d'oubli ou de réconciliation était illusoire. Aucune justification ne pouvait excuser, ni effacer le mal une fois qu'il est fait. Comme si moi, je n'avais jamais fait de mal, comme si moi j'étais irréprochable au point de juger l'autre. Nul n'est infaillible et j'ai compris ça ce week-end. Nul n'est à l'abri d'un faux-pas et tout le monde peut trébucher.

Aujourd'hui, je me sens plus légère. Une chose est sûre, pardonner renforce et régénère. On peut se préserver intelligemment, sans se fermer complètement à celui qui à fait une erreur. Dans ce cas précis, la personne qui m'a fait du mal, en a souffert plus que moi. Je n'ai jamais développé de sentiment de haine à l'intérieur de moi (ou alors cela fait tellement longtemps que je ne m'en souviens plus). Je sais que la haine nous traverse avant de parvenir à l'autre et dans ce cas, nous la vivons autant que lui. J'avais opté pour l'indifférence qui fait moins mal. Mais j'ai découvert que pardonner fait beaucoup de bien. C'est un sentiment étrange et agréable que je découvre. Voilà ma trouvaille du week-end... c'est une découverte qui m'a renforcée. La haine est un sentiment négatif. L'indifférence, un sentiment neutre. Le pardon, un sentiment positif.

* Lohey : Et bien, quel riche week-end et merci aussi de ton témoignage, touchant et consciencieux... un magnifique acte de changement et une puissante découverte. Jeu vais me permettre de t'inviter tendrement vers une suite du chemin... sens toi libre de t'y intéresser ou pas..

* Bakhta : Je sais que pour toi le mal n'existe pas... mais je n'ai pas la force d'être toujours maître de mes émotions et pour moi, le mal existe, dans la mesure, ou une action, une parole ou une attitude peuvent créer à l'intérieur de moi un bouleversement. C'est vrai que je choisis de me faire mal avec ce que les autres font ou pensent... mais c'est un choix forcé parfois et la blessure est là, avant même qu'on n'aie eu le temps de raisonner ou de se dire qu'après tout, si ça ne nous atteint pas physiquement, ça ne peut pas nous faire mal... Mais une chose est sûre, certains supportent mieux la souffrance que d'autres et moi, pas du tout.

* Lohey : Pour simplifier, acceptons ensemble, un moment, que le mal existe en soit (et donc le bien aussi). Même dans ce cas là, il reste un fait indéniable : si tu mets 10 personnes devant un événement donné, disons un événement difficile à gérer pour la majorité des êtres humains, alors chacun aura un "mal" différent, et pour être plus précis, chacun aura une émotion différente ("mal" étant un concept trop vague pour que l'on puisse en faire quelque chose) : certains seront en colère, d'autres auront peur, d'autres seront tristes, d'autres se sentiront coupables, d'autres humiliés, d'autres gênés... etc. Ceci prouve que la cause de l'émotion, du mal, n'est pas dehors mais bien dedans, dans l'histoire, la personnalité, la façon de voir de chacun.

Ainsi, si ça t'intéresse d'évoluer par rapport à ce "mal" intérieur, il est utile de commencer par faire la distinction entre ce qui déclenche le mal et ce qui le cause ! Car ce sont deux faits bien distincts, toujours !

J'ai mis en oeuvre une façon de vivre ses émotions que j'appelle "échelle émotionnelle" et j'ai guidé plus d'une centaine d'échelles émotionnelles. C'est systématique ; la cause fondamentale de toutes les émotions explorées est dans l'histoire de la personne... la plupart du temps dans un traumatisme ou un milieu familial trop toxique. Une émotion n'a qu'un rapport symbolique et souvent distordu et éloigné avec ce qui la déclenche !

C'est en ceci que personne ne peut jamais te faire du mal sinon toi-même ! Non pas parce que le mal n'existe pas, mais parce que s'il est évident que certains événements ou pensées déclenchent des émotions (du mal), leur cause, elle, est dans ma façon de m'être construit. Et cette façon est beaucoup plus simple à changer qu'on ne l'imagine !

Une chose est sûre : ça implique de prendre la responsabilité de ses émotions et de cesser de les attribuer aux autres ou aux événements extérieurs ! Il ne s'agit pas de nier que certains autres font certains actes parfois irrespectueux, ceci est leur responsabilité, mais jeu t'invite à ne pas douter que tu pourrais te sentir sereine devant ces actes. Et ça n'implique jamais de t'y soumettre (la différence entre "accepter" et "se résigner" est une autre nuance très utile), bien au contraire ! Celui ou celle en émotion ne peut que réagir ! C'est une soumission à l'égo ! Celui ou celle qui est serein peut agir ! C'est une liberté d'être !

* Bakhta : Si j'ai bien compris, un évènement, une personne peuvent causer du mal, mais c'est moi qui déclenche le processus de la souffrance à l'intérieur de moi, c'est ça ?

* Lohey : Jeu pense que oui, tu as bien compris, mais jeu vais me permettre d'être pointilleux et corriger un peu ton expression. Jeu dirais plutôt qu'une personne peut avoir un acte irrespectueux ou abusif et, devant cet acte, certaines personnes vont se créer une émotion !

* Bakhta : C'est dur d'apprendre que le mal qu'on éprouve, on se l'inflige nous-mêmes !

* Lohey : C'est effectivement le côté "mauvaise nouvelle" ! La "bonne nouvelle" est que si tu es responsable de quelque chose, alors tu peux la changer ! Sinon, il faut être sérieux, si tu penses que ce sont les autres qui sont responsables de tes bonheurs ou malheurs, alors, toi, tu ne peux rien faire ! Ces croyances créent un monde de fous où personne n'est responsable pour soi, mais tout le monde est responsable pour les autres. Le fameux : "les autres, c'est l'enfer !" dont les seuls moteurs peuvent être : la culpabilité, le jugement, la morale, la peur, la possessivité. Autant de notions qui coupent l'humain de ces talents naturels : la responsabilité, la conscience, la fonctionnalité, l'amour et l'adaptabilité.

Jeu peux penser que les autres sont coupables de me faire du mal (et feraient des erreurs qu'il faudrait pardonner pour sortir de la haine ou du mépris ;) ), mais les faits sont têtus : Ici et maintenant, jeu peux lever mon bras et jeu ne peux pas lever le tien ! N'est-ce pas ? Jeu suis donc responsable pour mon corps et toi pour le tien ! C'est mécanique et c'est vrai aussi pour les émotions (et ça se vérifie avec les "échelles émotionnelles" tout autant que pour le bras) ! Ainsi, puisque jeu suis responsable pour mon bras, alors j'ai le pouvoir d'agir pour le bouger, le modifier. Jeu ne peux pas bouger ou modifier ton bras ! La responsabilité donne le pouvoir (distinct de la puissance) ! C'est la bonne nouvelle : une fois que tu vis combien tu es responsable de ce qui cause tes émotions, alors tu peux faire évoluer cette cause !

* Bakhta : Mais comment faire pour empêcher le processus de se mettre en route automatiquement à l'intérieur de nous ?

* Lohey : Tu ne le peux pas (au pire, tu refoules tes émotions) ! Et heureusement ! Ce serait une catastrophe si tu n'avais plus d'émotions ! Comme ce serait une catastrophe si tu n'avais plus de douleurs ! Si tu ne sentais pas un clou qui pénètre ton talon, tu ne l'enlèverais pas et tu aurais une grave infection assez rapidement...

La question n'est pas d'avoir ou pas des émotions (avoir mal, souffrir), la question est ce que nous faisons des émotions !

Nous avons créé un monde où, émotionnellement, nous avons mal quand des clous pénètrent nos pieds, mais nous ne les enlevons pas et continuons à marcher dessus en jugeant, détestant ou méprisant le sol sur lequel sont les clous ! Un monde de fous ! Bref, nous ne faisons rien de nos émotions sinon les justifier par des concepts de plus en plus complexes et souvent de mauvaise foi.

Par contre, si tu ne peux pas enlever les émotions, tu peux enlever la cause : le clou psychologique, identitaire ! La cause des douleurs sont des atteintes physiques au corps, et la cause des émotions sont des constructions égotiques... c'est à dire des atteintes à la psyché, des atteintes de la pensée à l'être.

* Bakhta : Il faut se dire je me fiche de l'autre et de ce qu'il pense de moi, ou je me fiche de ce qu'il ou elle m'a fait ?

* Lohey : Ca ne peut pas marcher puisque l'autre n'a, en fait, que peu de rapport avec ton émotion (seulement symbolique) ! L'autre n'est pas concerné, j'insiste ! Il n'y a rien à faire avec l'autre (pour ce qui concerne l'émotion, le "mal") sinon arrêter de penser qu'il est concerné par l'émotion que j'ai ! Il s'agit de regarder dedans et pas dehors.

* Bakhta : Ou alors il faut se dire que je suis au-dessus de tout le monde et rien ne peut m'atteindre, ou encore, se dire que je trace ma route et qui m'aime me suive, et tant pis s'il y en a qui restent sur le bord de la route et tant pis si je fais le voyage toute seule ?

* Lohey : Mais si tu vis des émotions, alors se dire ça, c'est se mentir. N'est-ce pas ? Il est utile de ne surtout pas se mentir, bien au contraire... La découverte de soi implique une honnêteté maximum avec soi-même.

* Bakhta : Explique-moi comment on peut éviter d'avoir mal.

* Lohey : Il s'agit de faire une échelle émotionnelle, c'est à dire de ressentir la cause d'une émotion... car la cause d'une émotion est toujours une autre émotion, dont la cause est une autre émotion, dont la cause est une autre émotion... etc. Petit à petit, de cause en cause, tes émotions te font voyager dans ton histoire, dans ta construction individuelle, jusqu'à son fondement virtuel qui crée le décalage intérieur et est réveillé à chaque fois qu'une situation similaire ou symboliquement reliée permet aux émotions de nous dire : "Hey, regarde, tu n'es pas encore serein, tu es bancales, transcende ton fondement identitaire pour t'épanouir."

Très honnêtement, cette expérience est le plus souvent nouvelle pour les gens alors en parler ne suffit pas. Il s'agit d'en faire l'expérience et d'apprendre cette façon de vivre nos émotions autrement, de la même façon que nous avons appris à les vivre en reprochant aux autres nos vécus intérieurs. C'est un re-apprentissage !

Surtout, jeu t'invite à comprendre profondément ceci : Si tu cherches à éviter d'avoir mal, alors tu cherches à te battre contre toi-même et tu ne peux que perdre ! Il s'agit de respecter ce processus qui est magnifiquement efficace et il n'y a que la morale, la dualité et la prétention du mental pour souhaiter autre chose que la vie telle qu'elle est ! La vie est parfaite, il ne s'agit pas de changer la vie, mais de changer notre vision sur elle ou sur soi-même... et notre construction, notre clou égotique, n'est rien d'autre que ça : une idée, une croyance sur soi (souvent inconsciente tant elle est devenue une sorte d'évidence). C'est ce à quoi l'on arrive toujours quand on aboutit une "échelle émotionnelle" : une idée fondamentale, une identification, une identité virtuelle, une croyance qui empêche d'être entier, d'être serein, d'être amour !

La vie est infiniment simple : il n'existe rien sinon l'amour inconditionnel... le reste est une illusion ! Ainsi, quand jeu vis autre chose que l'amour, c'est que jeu déforme quelque chose, jeu n'ai plus qu'à trouver quoi et arrêter de le faire... il n'y a rien à construire, il n'y a rien à connaître, il n'y a qu'à déconstruire les illusions... Elles sont utiles, jusqu'à ce qu'elles ne le soient plus...

* Bakhta : Je crois que j'ai compris le message. Je relirai tout à l'heure. Trop émue. C'est comme si tu venais de m'accorder le droit d'avoir du bonheur. Je viens de comprendre que je suis une marionnette dont on tire les ficelles... Je vais essayer d'être maîtresse (ça se dit ?) de mes émotions ;) ... Les ficelles, je vais les tirer moi-même de l'intérieur. Je vais moucher mon nez et essuyer mes yeux... et je vais apprendre à gérer mes émotions. Tu as raison, mes rires et mes pleurs ne dépendent que de moi. Et aujourd'hui, j'ai choisi de rire.

* Lohey : Un bonheur, tu viens de te l'accorder... ;)


Copyleft Bakhta & Lohey 2007 - Photographies de Lohey : "Douleur ou Orgasme ?" et "Conscience"


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~ Commentaires ~

1. Le mardi 22 mai 2007 à 11:26, par myrespe

Pardonner n'est pas Oublier. Tout comme Oublier n'est pas Pardonner. Bravo pour cette touchante histoire... penseesdamour.tikafe.com.

* Lohey : Bienvenue... ;)

2. Le vendredi 24 août 2007 à 09:48, par Salem

Moi, j'ai envie de te féliciter pour ton courage! Le chemin de l'éveil comporte beaucoup d'appelés mais peu d'élus et je trouve ça merveilleux de voir un être se libérer de souffrances. En effet, pardonner apporte la liberté, si essentiel à notre Esprit qui tend à évoluer malgré nos peurs, nos colères et tristesses. Tout cela n'est qu'illusion et encore félicitations. Bonne continuation, une soeur.

3. Le lundi 24 novembre 2008 à 08:39, par renal

Je te confirme que le pardon fait du bien, pour beaucoup c'est quelque chose de dur, d'impossible, mais je pense que si tu prends la peine de faire cet acte, tu te rendras compte, de son bienfait. Ce n'est pas parce qu'on pardonne que l'on oublie, il y a des choses que l'on ne peux oublier, mais pardonner aide à vivre avec. Accorder son pardon, c'est donner à l'autre une chance de se reprendre et de lui donner une chance de pardonner un jour à son tour.

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