Réalité, Faits, Vérités et Hypothèses
Par Lohey, samedi 15 septembre 2007 à 12:04 :: les nuances évolutionnaires :: #15 :: rss
La moindre activité humaine, qu'elle soit intérieure ou extérieure se réfère à ce que l'on peut négligemment appeler "la réalité". En ceci, il est très utile et très conséquent de poser la conscience sur cette référence permanente et incontournable. Nuancer, préciser, approfondir ce concept change strictement tout, intérieurement et extérieurement. C'est en effet ma conception de la réalité qui va déterminer mes interprétations, mes émotions, mes fonctionnements, mes décisions, mes actions et donc leurs conséquences sur mon environnement, qu'il soit vivant, inerte, conceptuel ou sociétal.
Ainsi, jeu souhaite proposer la conscience que ce référent permanent n'est pas unidimensionnel mais multidimensionnel ! Mon propos ici n'est pas d'exprimer qu'il existe plusieurs vérités, selon les visions de chacun ce qui est une évidence exprimée maintes fois, mais bien qu'il y a, du point de vue de l'être humain, 4 référents bien distincts : La réalité éventuelle, les faits, les vérités et les hypothèses. Si j'y inclus les hypothèses, ça n'est pas que jeu confonde les hypothèses avec la réalité, mais les faits et les vérités ont une caractéristique subjective comme en ont les hypothèses et pour autant tout ceci est vécu comme "la réalité" par nombre d'entre nous. Alors la conscience gagne à clarifier cet ensemble là, une fois pour toute.
La Réalité absolue éventuelle
Dans le texte "L'être humain ne peut pas accéder à la réalité", jeu précisais déjà pourquoi l'être humain n'a pas accès à la réalité absolue, si elle existe. Premièrement, nos organes sensoriels sont limités et ne captent qu'une partie de la réalité, une partie déformée à la perception humaine. De plus, nous n'avons pas accès, de toute façon, à ce que nos organes captent, nous avons accès à ce que le cerveau en interprète, au filtre de ses conditionnements, croyances, conceptions individuelles et culturelles.
Pour autant, considérons l'éventualité de cette réalité. Considérons qu'il existe bien une réalité absolue, quelque chose qu'une objectivité pourrait recevoir. Ce qu'il est relativement simple de gagner en conscience est qu'elle est autre que ce que nous percevons, elle est en amont de notre perception organique, en amont donc du langage qui sépare en concepts cette perception. Bref, s'il existe une réalité absolue, il est absolument inepte d'en parler, par définition. Quand un être humain tombe dans l'illusion de communiquer sur la réalité absolue, c'est un discours religieux, y compris lorsqu'il se croit scientifique.
Cependant, il reste très utile de garder en conscience qu'il existe ou peut exister autre chose que ce monde que nous percevons. Ceci relativise beaucoup cet univers que nous pouvons confondre avec la réalité et qui ne l'est pas, de toute évidence. Les spiritualistes (et non pas religieux) expriment depuis longtemps son illusion et, plus récemment, les physiciens expriment que l'hypothèse la plus cohérente est : ce monde est une illusion collective (notamment avec les données de la mécanique quantique).
Les Faits
Une fois cette "réalité" posée comme inaccessible, il reste qu'on pourra dire ce qu'on voudra, moi jeu vois des voitures, des montagnes, des arbres, des fruits, des gens, des manipulations, des idéologies et jeu peux même les toucher et les sentir et les écouter et les gouter. Ceci est un fait ! Et nous avons créé une société entière basée sur ces faits là... et davantage... Ne pas considérer ceci s'appelle du "nihilisme". Et faire l'amalgame entre ceci et une réalité absolue s'appelle "notre société actuelle", avec ses tensions et violences tout aussi factuelles.
Ainsi, ce que j'appelle "les faits" représentent la perception honnête et directe d'un être humain et c'est distinct de "la réalité" ! Ceci n'est pas très rigoureux car le moindre mot mis sur une perception est déjà une interprétation. Pour autant, dans des contextes précis, l'on pourra utiliser un vocabulaire très factuel afin d'évoquer les faits, des faits partagés dans les cadres de ces contextes précis. Tous les êtres humains verront cette voiture rose... à part les daltoniens, mais ils sont en général d'accord pour se conformer à la norme de leurs co-habitants terriens. Le plus factuel serait d'évoquer les fréquences de lumière renvoyées par la carrosserie de la voiture. Ca reste pour autant plus agréable d'utiliser des mots que des mesures rigoureuses.
Ainsi, le fait que la conscience de l'être humain ne peut pas accéder à une éventuelle réalité absolue, ne l'empêche en rien de partager un ensemble de faits stables avec son entourage. Par contre, ceci implique une honnêteté entière et une aptitude à distinguer le concret de l'abstrait, ses sensations de ses pensées.
Qu'une voiture soit verte est un fait (ou presque) ! Que cette voiture soit moche est une inférence, une interprétation, un passage du concret à l'abstrait !
Qu'une action soit une gifle est un fait (ou presque) ! Que l'être humain qui a agit ainsi soit un crétin est une inférence, une interprétation, un passage du concret à l'abstrait ! !
Les faits rigoureux sont en fait les faits perçus, sans aucune interprétation... La sensation pure, en silence, y compris de la pensée. Pout autant il est confortable et très pratique d'accepter le petit décalage entre une sensation pure et un mot factuel qui la décrit. Encore faut-il que ce décalage reste petit !
Les Vérités, des hypothèses comme les autres
Car voilà, la marge où s'installent les désaccords, les conflits, les guerres au final est dans la confusion entre son interprétation abstraite et le fait concret. Qu'un être humain interprète, abstrait, généralise, sélectionne, déforme, en soit ça n'est en rien un inconvénient. Les inconvénients sont produits par la confusion entre son aptitude d'abstraction et son aptitude à percevoir des faits (qui ne sont pas la réalité pour autant).
Un être humain peut considérer "vraie" une de ses interprétations, et surtout "fausse" celle de son voisin. Il peut croire que ce qui est "vraie" pour lui est un fait, ou pire, une réalité ! Alors que simplement il exprime là une préférence personnelle pour une hypothèse.
Soyons clair, un fait ne peut pas être vrai ou faux, correct ou incorrect, un fait est un fait ! Une interprétation est une interprétation ! Le concept "vrai/faux" crée pour le mental la possibilité d'amalgame entre les deux ! Cet amalgame est appelé "vérité" !
A mon sens, il n'y a aucune différence entre une vérité (systématiquement personnelle) et une hypothèse. Pour autant, il est un fait que j'observe souvent : beaucoup d'individus distinguent leurs hypothèses de leurs vérités, même lorsque leurs vérités n'ont aucun rapport avec cet ensemble commun de perceptions honnêtes : les faits.
Il n'existe aucune raison légitime de créer une sous-catégorie d'hypothèses, sinon pour faire prendre des vessies pour des lanternes !
Une évolution des consciences...
J'ai dans l'idée que notre société gagnerait à cesser l'usage du concept de "vérité", de "vrai et faux", qui n'est qu'un espace de confusion entre un fait et une hypothèse. La limite entre un fait exprimé et une hypothèse, une interprétation, n'est pas toujours limpide. Pour autant, elle devient bien plus déterminée lorsque jeu ne crois plus que certaines de mes abstractions peuvent être factuelles, concrètes, ou pire réelles ! Lorsque j'ai conscience que, pour autant, jeu dispose de sensations qui me fournissent ces données concrètes, à propos d'un environnement et moi-même que jeu peux partager honnêtement avec les autres... Et d'autant plus pacifiquement, lorsque soit j'ai fait l'expérience mystique, soit j'ai l'intuition qu'au-delà des faits, au-delà de notre monde, il existe autre chose qui relativise ce dernier.... Lorsqu'il m'est une évidence aussi que personne ne peut me parler de cette réalité absolue éventuelle, que c'est ma très personnelle expérience (ou pas), alors, fondamentalement, jeu suis libre de toute tentative de manipulation.
Aussi, si jeu souhaite m'arrêter à ma perception des faits et ne pas considérer l'existence d'une réalité absolue, ceci n'est en rien une source de conflit avec ceux qui veulent le considérer individuellement, et vice versa. C'est simplement deux espaces bien distincts et même très distincts de "l'expérience humaine". Jusqu'au point d'ailleurs où l'expression même "expérience humaine" est relativement abusive puisque nous évoquons quelque chose qui, par définition, est en amont de la perception humaine. Et si ça n'est pas le cas, alors ça n'est pas une réalité, c'est un fait perçu, avec toute sa limite intrinsèque.
Que ce soit sur le plan spirituel, politique, relationnel, professionnel, il n'y a que cet espace de vérités qui se prennent pour autre chose qu'hypothèses qui puisse engendrer une quelconque manipulation. Une société où les consciences de "la réalité" ont cette qualité multidimensionnelle, ne peut plus contenir la moindre manipulation ! Chacun y respecte le point de vue des autres et tous peuvent partager un espace honnête de données communes, avec comme intention éventuelle une spiritualité ou non-spiritualité qui ne peut être autre qu'individuelle.
A la base cette approche relève d'une simple conscience de soi et une aptitude à distinguer, son intuition ou expérience extra-sensorielle (réalité éventuelle), sa sensation (faits) et sa pensée (vérités/hypothèses).
Copyleft Lohey 2007 - Photographies de Lohey : "Te toucher" et "Réalité ?"
~ Commentaires ~
1. Le vendredi 5 octobre 2007 à 13:01, par Phil06
2. Le jeudi 11 octobre 2007 à 18:22, par JL²
3. Le mercredi 26 décembre 2007 à 21:27, par Yogi
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