Prendre la responsabilité de ses émotions
Par Lohey, vendredi 14 mars 2008 à 11:04 :: être en société :: #16 :: rss
Ce que j'appelle "émotions" sont des familles de la joie, colère, tristesse, peur... et d'autres plus nuancées, comme l'humiliation, l'injustice (pas le fait, le ressenti), le rejet (pas le fait, le ressenti), l'abandon (pas le fait, le ressenti), la honte, la culpabilité, ...etc. Phénomènes qui accompagnent tout conflit humain et bien d'avantage.
Ce que j'appelle "sentiment", il n'y en a qu'un : l'amour inconditionnel (et non exclusif, euphémisme parfois utile). Contrairement aux émotions qui ne parlent que de moi, l'amour me parle du dehors de moi, du 'monde' et des 'autres'. L'amour peut être confondu avec la joie, pour autant, la joie émotionnelle a un fondement égotique (fierté, vengeance réussie, ...) quand l'amour n'en a pas !
Bien évidemment, tous ces termes auront un sens différent pour vous. Le propos ici n'est pas de discuter sémantique, mais de témoigner d'un vécu. Ainsi ces définitions ne sont en rien une vérité. Elles représentent simplement l'univers sémantique que jeu mets en place pour évoquer l'expérience humaine qui suit. Et c'est elle qui compte dans le présent texte !
Distinction entre déclencheur et cause
Il m'est une évidence le fait suivant : s'il y a 10 êtres humains devant un même événement, un peu chaud émotionnellement, chaque personne va réagir différemment : certains seront en colère, d'autres auront peur, d'autres seront tristes, d'autres seront tout à fait sereins, ...etc. Les mêmes causes ayant les mêmes effets, ceci démontre que, si un événement extérieur peut effectivement déclencher une émotion, pour autant il ne saurait en être la cause. La cause, de toute évidence, est en la personne elle-même, sa personnalité, son histoire, sa façon d'interpréter l'événement.
Ainsi, il s'agit de distinguer l'événement déclencheur, la cause intérieure de l'émotion et puis, bien sûr, l'événement intérieur représenté par l'émotion elle-même.
Bien que nous constations tous ceci, il n'est pourtant pas du tout dans le comportement commun de prendre la responsabilité de nos émotions, en conscience que nous en sommes aussi la cause et la seule cause. Il est très fréquent d'observer un individu vivre que, si il est triste, en colère ou si il a peur, c'est à cause de quelqu'un d'autre ou d'un événement extérieur. Ainsi se sent-il légitimement le droit de demander quelque chose à l'autre et lui refile alors la responsabilité de son vécu. Ce qui ne fonctionne pas de toute manière puisque, dans les faits, l'autre n'a aucune responsabilité, donc aucun pouvoir de changer le vécu intérieur du premier.
Soumission, Rébellion et Responsabilité indépendante
Cette croyance répandue que nos émotions sont causées par des choses extérieures à nous, ajoutée à la croyance qu'on ne peut pas dépasser une émotion, que c'est "normal" de réagir parfois, ne permet à un être humain de n'avoir que deux comportements possibles lorsqu'une émotion surgit :
Soit il se soumet à l'émotion. C'est à dire qu'il devient l'émotion et est totalement envahi, contrôlé par elle. Nous disons d'ailleurs : "Je suis en colère !", "Je suis jaloux !", "Je suis triste !" et, comble du comble, l'on peut même attribuer des émotions récurrentes à un trait de notre personnalité. Nous ne sommes alors plus des êtres humains qui ressentons des émotions et pouvons interagir avec elles, nous sommes nos émotions !
Soit il se rebelle contre l'émotion et la refoule, refuse de la vivre et de l'admettre. En passant, cette aptitude humaine de refoulement prouve qu'il se passe quelque chose entre l'émotion et le comportement émotionnel qu'il va ou pas mettre en place. Mais l'émotion n'est pas le comportement émotionnel !
Ce texte propose une troisième possibilité : devant une émotion, un être humain peut faire autre chose que se rebeller ou se soumettre. En passant, ce sont en fait les deux revers de la même médaille, car tous les deux dépendent de l'émotion, même si la forme s'oppose et même s'il est moins créateur de somatisation d'exprimer une émotion que de la refouler. Mais en changeant ses croyances, en prenant la responsabilité de son émotion, un être humain peut être lui-même, en relation vivante et directe avec l'émotion et ainsi écouter le message qu'il se livre de lui-même à lui-même.
L'échelle émotionnelle
Dans mon expérience, réalisée avec quelques centaines d'individus, lorsqu'un être humain choisit d'écouter les causes d'une émotion en lui, il découvre alors qu'une émotion est toujours fondée par une autre émotion, elle-même fondée par une autre émotion... ainsi de suite... créant ainsi une "échelle" qui retraverse son histoire jusqu'à trouver la cause fondamentale de ce qu'il est en train de vivre : une identité virtuelle.
Identité virtuelle, c'est ainsi que jeu l'appelle. On pourrait aussi dire "égo" ou "persona". Ceci n'est pas une théorie, c'est le constat systématique que j'ai fait aujourd'hui après avoir aidé plusieurs centaines d'échelles émotionnelles. D'émotions en émotions, la personne aboutit finalement toujours à une notion d'existence et exprime une croyance identitaire de l'ordre de "Si je n'ai pas ceci, je n'existe plus", "je meurs sans ça", "c'est le néant si je ne peux pas faire ceci, ou si on ne me donne pas cela", ...etc.
Dans mon expérience encore, toute personne qui transcende, par un acte de changement pertinent (la prise de conscience n'est pas suffisante), cette identité virtuelle, change sa vie énormément, la libère de nombreuses émotions qui n'ont alors plus lieu d'être, et gagne ainsi une sérénité mature et durable. Pour autant bien sûr, cette plénitude n'est pas totale et définitive car il peut y avoir plusieurs identités virtuelles et plusieurs occasions d'en créer de nouvelles.
Une fois libre de certaines de ses émotions passées, l'individu peut alors agir au lieu de réagir et découvre une réelle capacité d'amour inconditionnel, tout à fait naturelle et souvent surprenante pour lui-même... se vivant neuf.
Un exemple vécu d'échelle émotionnelle
Les mots suivants sont tous ceux de la personne elle-même (à l'exception de mes ajouts entre crochet).
[A la demande de la personne, l'exemple a été retiré. Un autre exemple illustrera ce texte bientôt.]
Une fois intégrée, l'échelle émotionnelle est une pratique d'autonomie, ne nécessitant pas spécialement un guide. Chaque échelle est très différente et, par contre, est toujours une exploration strictement personnelle, invitant à un développement réellement personnel. Elle manifeste l'intelligence, non pas de l'aidant, mais de la personne elle-même car tout vient d'elle et ne subit aucune influence d'aucun concept de psy.
Sur le plan relationnel et donc sociétal, cette base permet également de nouveaux types de relations, bien plus libres et respectueuses, où plus personne ne se sent le droit de demander quoique ce soit aux autres sous prétexte d'une émotion ou d'un mal-être. Des relations du coup très productives de conscience et de maturité personnelle ou chacun assume, en acte, ses émotions et les transcende pendant qu'il laisse l'autre libre et sans chantage émotionnelle. Il n'est plus question de chercher à changer l'autre. Chaque émotion est une opportunité pour se changer soi !
Copyleft Lohey 2006 - Photographies de Lohey : "Emotion !" et "Echelles vers le ciel"
~ Commentaires ~
1. Le vendredi 14 mars 2008 à 11:43, par mirza
2. Le mercredi 30 avril 2008 à 21:58, par Morpheus
3. Le lundi 14 juillet 2008 à 19:18, par Elviathan
4. Le mardi 5 août 2008 à 13:10, par épervier
5. Le dimanche 9 novembre 2008 à 15:01, par Bilouga
6. Le vendredi 13 mars 2009 à 15:11, par Cat
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