être humain

Entre gris extrêmement clair et gris extrêmement foncé

Le langage, et donc la pensée qui va avec, implique de nombreux "pièges" dont celui-ci que j'observe fréquemment dans les raisonnements. Un mot ne peut qu'être UN, accompagné de sa négation ou de son mot opposé, alors que l'expérience humaine représentée par ce mot est toujours nuancée à l'infini.

Ainsi le langage oriente celle (changeons un peu de sexisme ;) ) qui y met peu d'attention à penser en terme de noir ou blanc, de "glop" ou "pas glop".

Lorsque j'exprime que jeu me suis libéré, inévitablement, quelqu'un va répondre que la liberté totale n'existe pas. Comme s'il s'agissait d'être "libre" ou "pas libre" et qu'il n'existait que ces 2 positions, cette bipolarité.

Si j'exprime que j'ai gagné en courage, certains vont répondre que "non", car il y a plus courageux. Quoique j'exprime dans un espace publique, il va quasiment inévitablement y avoir une contestation sous prétexte que mon mot exprimé est plutôt vu comme un "non-mot" par l'autre. Et elle a évidemment raison ! Et, en même temps, elle a évidemment tort !

Une autre bipolarité : tort ou raison. Sortons en...

Il m'est évident que, même si c'est impossible pour le langage de le représenter, toute notion n'est pas vécue dans un monde bipolaire, noir ou blanc, mais dans un univers où toutes les nuances de gris existe. Dans l'expérience humaine toute notion se vit entre 2 extrêmes, soit, mais surtout avec une infinité de positions entre les deux.

Le raisonnement binaire peut conduire à rejeter ou se résigner à une amélioration sous prétexte que cette amélioration pourra toujours s'étiqueter par le même mot et donc, dans son illusion mentale, n'est pas ou ne sera pas un changement. :) Bienvenue dans le monde où le mot a remplacé la vie et où les nuances de la vie sont niés sous prétexte qu'on peut toujours appeler ça "vie" !


Ainsi, il n'est nul besoin d'être totalement libre pour être plus libre qu'avant, de fait. Il n'est nul besoin d'être totalement aimant pour aimer plus qu'avant. Il n'est nul besoin d'être totalement serein pour l'être d'avantage qu'avant. Il n'est nul besoin de changer la totalité de monde pour changer le monde.

Pour un humain donné dans une situation donnée, sur chaque ligne, vaste ligne entre 2 extrêmes, il existe une position. Une personne exprimant la sienne n'est écoutée que lorsque la conscience est mise sur le fait que le langage ne peut représenter que 2 points de cette ligne. Pour autant, l'utilisateur du langage peut percevoir toute la ligne s'il le souhaite. Il peut aussi continuer à l'ignorer s'il veut avoir raison.

Avoir raison en ne considérant que les 2 pôles ne change rien au fait qu'il existe tout un monde entre ces 2 extrémités.


Copyleft Lohey 2008 - Photographie de Lohey : "Perception bouchée"


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