Rétention d'amour
Par Lohey, mercredi 10 décembre 2008 à 20:44 :: étoiles de vie :: #47 :: rss
Il vendait des légumes au marché... depuis tellement longtemps. Sa vie avait été très dure. A la fin des ventes, cet autre homme venait chercher à manger gratuitement. Il vivait dans la rue.
Le premier le voyait arriver, il devinait son intention, elle était évidente. Alors il écrasait au sol les légumes et fruits qui restaient, les rendant immangeables.
C'était son droit ! C'était ses légumes ! Il ne manquait de respect à personne ! Il n'avait pas même touché le clochard, il lui avait même pas parlé, alors. Simplement, il utilisait ce qui était à lui comme bon lui semblait. Et il pouvait l'expliquer très clairement et c'était cohérent.
En fait, il avait peur. En fait, il ne voyait pas l'autre homme dans son unicité. Puisqu'il regardait avec ses idées, ses habitudes. Il voyait la généralité de tous ceux qui l'avaient volé dans sa vie, de tout ceux qui avaient profité de sa gentillesse, le peu de fois où il l'avait donné candidement. Il résistait à sa résilience et empilait ses blessures passées. Il figeait son coeur sur son futur sans possibilité de vendre sa marchandise s'il commençait à la donner. Il n'était pas méchant. Il exerçait son pouvoir sur l'autre dans cette circonstance particulière. Non pas volontairement, non pas machiavéliquement, mais pour se défendre, pour continuer d'être qui il croyait être... Pour être le fort entre les deux ! Il se sentait mieux ainsi, tout simplement... C'est pas si dur à comprendre.
Mais ainsi, il résistait à l'impermanence de la vie, ancré dans ses conceptions. Il ne rencontrait pas l'autre. Il ne changeait pas. Il n'était pas autre. Il n'agissait pas différemment avec ses légumes et ses fruits. Il avait tellement peur. Non pas que, cette peur, il la vivait sur le moment. Mais elle était dedans, dans le fond. Si profondément dans son système de penser qu'il la croyait dans ses tripes. Elle fondait ces idées qu'il mettait entre lui et le monde.
C'est vrai, on ne ressent pas la peur tant qu'on reste loin de ce qui nous terrifie !
On est pourtant cette peur lorsqu'on lui obéit à ce point. Il pouvait parler de respect et de philosophie et expliquer de façon parfaitement étayée son comportement. Mais simplement, humblement, il ne regardait pas sa peur, sinon pour dire qu'il savait déjà.
Il aurait pu regarder l'homme devant lui, peut-être aller lui parler, l'écouter, ... Faire autrement que ce qu'il faisait tous les jours, si souvent, jusqu'à marquer ses neurones au fer rouge et devenir sa propre marionnette quotidienne.
Enfin, moi jeu dis qu'il pouvait... la "vérité" est que j'aurais aimé qu'il le puisse. Lui, il disait qu'il ne pouvait pas, que ça faisait trop mal. Et ça marchait !
Il me touche maintenant...
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