être humain

Aimer ou Avoir besoin ?

"Mon amoureuse"(tm) vient vers moi, jeu la vois. Mon coeur bât, jeu me sens si bien, plein de choses se passent dans mon corps et, à moins que mon amoureuse ne vienne m'annoncer une rupture, ce qu'il se passe dans mon corps est si agréable pour moi, si intense. Et même si elle vient m'annoncer quelque chose qui ne me convient pas, il va également se passer de nombreuses choses tout aussi intenses dans mon corps, probablement moins agréables par contre.

Très étonnement, nous sommes conditionnés à appeler ceci l'amour. Par exemple, jeu pourrais être très en colère ou triste si cette amoureuse m'annonce qu'elle est heureuse avec quelqu'un d'autre, mais, sans rire, jeu dirais que jeu suis en colère ou triste parce que jeu l'aime... :) Un amour de l'autre qui n'est positif que si l'autre fait ce que jeu souhaite. Est-ce sérieux ? Ne serait-il pas plus honnête d'appeler ceci de la "possession" ? Au moins, de "l'attachement". Mais de l'amour ?!? Pour l'autre ?!?

Pourtant, c'est simple ; jeu n'ai qu'à poser mon attention sur ce que jeu vis précisément. Cette intensité émotionnelle, qu'elle soit agréable ou désagréable, c'est en moi qu'elle se passe, dans mon corps. Rien là-dedans ne me parle de l'autre. L'autre est un déclencheur de tout ceci, certes, mais tout ceci ne parle que de moi et absolument pas de l'autre. Et même si j'y regarde mieux, mon passé va se dérouler. Il n'y a rien de l'ordre de l'amour pour l'autre dans cette expérience humaine. Il faut vraiment avoir subi un bourrage de crâne pour exprimer et/ou penser ainsi exactement le contraire de ce qui est vécu. Jeu vis ce qu'il y a de plus égotique, personnel, fermé et jeu me fais croire que jeu vis ce qu'il y a de plus ouvert, moins personnel, et de moins égocentré : un amour pour un autre humain.

Surtout, si jeu ne suis pas prudent, ces concepts conditionnés et romantiques (ou dramatiques) que j'utilise pour distordre mon expérience vont me conduire, comme un robot, vers la solution conditionnée qui va avec : "jeu l'aime donc jeu dois faire un couple avec elle/lui". Tout ceci suit un programme mental entretenu au quotidien par des croyances assénées partout dans notre société de concepts.

Pourtant, encore une fois, si jeu ressens avec attention ce qu'il se passe en moi quand cet humain vient vers moi, ou me quitte... alors jeu prends conscience de plein d'émotions : des colères, des joies égotiques, des tristesses, des peurs rassurées ou activées... Au fond surtout, jeu repère des manques, des manques, mes manques... et mon réflexe d'essayer de les combler avec d'autres humains. Et ceci, jeu l'appelle "amour" sans sourciller. Alors qu'il ne s'agit clairement pas d'aimer, il s'agit simplement d'avoir besoin. Ce sont mes besoins, mes manques, mes creux, mes faiblesses... tous illusoires, mais j'y crois... et, au lieu d'en avoir conscience et de les dépasser, jeu suis, jeu poursuis ce programme culturel gravé dans mon système de pensées afin de tenter qu'un autre humain comble mes puits sans fond. Jeu ne suis pas, jeu suis docilement ce qu'on m'a dit et me dit d'être !

Si j'aimais, alors il n'y aurait pas d'intensité, pas d'émotions... il y aurait l'amour, le sentiment d'amour. Cette ouverture vers l'autre qui m'apporte une compassion et une compréhension de lui ou d'elle. Les émotions me parlent de moi, seulement de moi, de mon passé, de mes noeuds. Et si jeu les écoute avec honnêteté, jeu le constate. Le sentiment d'amour n'a aucun rapport avec ceci, il est serein, inconditionnel, vaste, profond et il me parle bien de l'autre, pas de mon coeur, pas de mes peurs rassurées ou activées. Il m'invite, ce sentiment d'amour, à respecter totalement ce devant quoi jeu suis, celui ou celle devant qui jeu suis. Non pas m'y soumettre, non pas dominer... mais être entier en alliance créatrice avec sa présence entière.

Si j'arrête de croire et me soumettre à ce que l'on m'a appris... si jeu me respecte, si jeu pose une attention libre sur moi, alors jeu peux faire cette évidente différence entre "avoir besoin" et "aimer". Jeu peux cesser de prendre ma vessie pour une lanterne... Jeu le peux ici et maintenant. Ca ne prend aucun temps ! Ce qui prend du temps, c'est de continuer à refuser cette honnêteté de moi à moi.


Copyleft Lohey 2009 - Photographies de Lohey : "Ecoeurer le ciel" & "S'ouvrir"


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