être humain

Le Ressenti(tm)

J'entends fréquemment le mot "ressenti" dans les contextes humains que l'on pourrait s'amuser à étiqueter "psycho", "philo" et/ou "spirituel"... parfois on parle de "développement personnel".

Il est utilisé en général avec une intention de gagner en conscience, d'apprendre à distinguer le fameux "mental" du fameux "ressenti", la fameuse rationalité contre "le cœur" (non pas l'organe mais une "perception" de cette région du corps). Ceci est souvent fait avec une dualité - très mentale - consistant à déclarer un méchant, le mental parfois associé ou confondu à l'égo, et un gentil, le "ressenti". Aussi, l'opération consiste, dans ces cas, à se positionner dans "le bon"(tm) camp pour cette guerre.

Pourtant, selon une conscience de moi basique, que jeu généralise avec confiance n'ayant encore jamais rencontré d'humain avec ces bases d'expérience différentes, jeu constate que ce terme rassemble un gros fouillis, un mélange d'expériences pourtant bien distinctes pour moi.

Pour commencer, jeu rappelle simplement que ce mot n'existe pas en français. Le mot "ressentiment" existe, mais pas le mot "ressenti". Ceci dit, pourquoi pas inventer un mot, j'aime le faire parfois. Quand jeu le fais par contre, c'est pour exprimer quelque chose de précis et qu'aucun mot français n'exprime avec cette précision. Là, pour moi, c'est le contraire : le mot "ressenti" permet de mélanger des sensations, ou des émotions, ou une aptitude d'amour, ou une aptitude intuitive, et même parfois tout simplement des pensées, bien mentales (pléonasme parfois utile).

Effectivement, jeu constate combien il arrive que le mot "ressenti" remplace le mot "sensation" dans sa définition basique des 5 sens : l'ouïe, la vision, le toucher, le gout, l'odorat.

D'autre fois, ce même mot remplace le mot "émotion" dans sa définition de ces "mouvements" intérieurs qu'un humain peut vivre, bien distincts des 5 sens : peur, tristesse, colère, joie, honte, culpabilité, ...etc. Autant de vécus qui, selon mon expérience, parlent de moi, de ma construction psychologique. Jeu peux constater ceci si jeu les écoute avec conscience et entièrement. Et par cette écoute, pour moi même ou en aidant un autre, jeu n'ai jamais trouvé que le mental comme source de l'émotion ; rien de "cardiaque".

D'autres fois encore, ce toujours même mot remplace le mot "amour" dans sa définition de cette aptitude d'ouverture inconditionnel à l'autre ou à ce qui est. Cette expérience faite lorsque le "moi" ne fait plus obstruction et qui, effectivement au delà des 5 sens, apporte une réception bien spéciale. C'est du moins, mon expérience, bien distincte de l'expérience sensorielle et bien distincte de l'expérience émotionnelle.

D'autres fois encore, le mot "ressenti" (toujours le même mot donc) évoque une aptitude intuitive et remplace ainsi le mot "intuition". Cette possibilité qui produit des émergences de l'inconscient dans le conscient, au-delà des 5 sens, au delà des émotions et au-delà de cette ouverture inconditionnelle à l'ici et maintenant que j'appelle "amour". Certains parlent de médiumnité ou de flashs, de vision, de channelling, de 6ème sens ...etc.

Et surtout, parfois même j'observe que ce mot décrit vraiment des pensées produites par le mental (notre ami pléonasme encore). Ainsi certains humains parlent de "ressentis" pour des jugements bien abstraits (autre pléonasme utile) qu'ils croient donc "ressentir" à propos des autres ou de ce qu'il se passe devant eux. J'ai déjà vécu des humains qui "ressentiraient" par exemple qu'un autre est un con ou un génie ou un sage, ou manifesterait des énergies "négatives" ou "positives"... etc. Conceptions qui nécessitent, de toute évidence, une aptitude d'abstraction complexe que l'on a l'habitude d'appeler "pensées" ou "mental". J'ai observé que cet amalgame est fait lorsque la personne ne veut pas ou ne peut pas argumenter sur son opinion. Alors, ça n'est plus une simple pensée, selon elle, c'est son "Ressenti"... sorte de mot magique qui rendrait la production de son mental intouchable, sans besoin d'argumentaire pour l'expliquer, le justifier, le valider... ou l'invalider, c'est le risque.

Ainsi, quand nous avons la chance, dans la langue française, de pouvoir exprimer avec une relative précision des expériences aussi distinctes que les Sensations, les Emotions, les Pensées, l'aptitude d'Amour, l'aptitude Intuitive, et enfin, la Conscience de ces expériences et leurs interactions (cette Conscience étant une 6ème expérience distincte), j'avoue que le nouveau mot "ressenti" ne m'apporte aucune richesse de conscience. Surtout si c'est un concept dont, finalement, l'intention très mentale serait de se prétendre un ennemi du même mental. Alors, il manifesterait un piège classique du mental et de l'égo qui l'habite. L'égo adore en effet se juger lui-même ou juger celui des autres. C'est sa cachette favorite.

Et ceci n'est pas mon ressenti ! Ce texte, comme pour quasiment toute expérience humaine que j'ai vécue avec attention, est l'alliance de certaines de mes expériences sensorielles, émotionnelles, aimantes, mentales et intuitives sur lesquelles j'ai laissé de mon mieux la conscience se poser. Ceci évite de confondre, simplement, les unes et les autres. ;)


Copyleft Lohey 2010 - Photographie de Lohey : "Guerre"


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1. Le lundi 2 août 2010 à 23:14, par Elviathan

Je crois que pour moi, le ressenti est l'expression "imagée", donc traduite par le mental, de l'émotion en tant que sensation.
Par exemple je ressens une peur, mais quelle est la forme de cette peur ? Si je cherche à la décrire (en utilisant le mental), je peux parler de la sensation (froid, boule dans le ventre, crispations, etc) ou du ressenti (impression d'enferment, d'écrasement, de rapetisser, etc).
Pour moi c'est ça le ressenti : l'expression de ce que le mouvement émotionnel fait surgir en moi.

* Lohey : Jeu crois comprendre. Pour ma part, j'ai tout à fait conscience de deux expériences distinctes (et en fait 3) : l'émotion elle-même (qui parle de moi, de mon histoire si jeu l'écoute jusqu'au bout) et puis l'empreinte de l'émotion dans le corps, la sensation émotionnelle (que tu décris). Jeu distingue l'émotion, et puis son empreinte sensoriel et puis le comportement émotionnel (pleurer, crier, frapper, sauter en l'air, ...Etc).

Jeu constate pour moi-même qu'une émotion n'a pas forcément de conséquence comportementale, ni même sensorielle. L'émotion n'a un impact sur le corps qu'à partir d'une certaine intensité et aussi si l'humain qui la vit l'accepte. Car un humain peut refouler une émotion et alors il n'y a aucune sensation physique, pourtant l'émotion est bien là. Jeu crois que certains humains, dont jeu fais partie, ont une conscience très fine de leurs émotions et en ont conscience même si elles ont une faible intensité et n'ont pas d'impact corporel. D'autres n'ont conscience de leurs émotions que lorsqu'elle a une empreinte physique. Autre hypothèse : certains humains ont une conscience corporelle très fine et ressentent des émotions même à faible intensité dans leur corps, quand d'autres n'ont pas conscience de la sensation émotionnelle si elle est faible. J'espère qu'il n'y a pas d'humains qui n'ont ni la finesse de conscience émotionnelle, ni la conscience sensorielle, ... à moins que ceci explique certains comportements à la Dexter ?!? ;)

2. Le vendredi 13 août 2010 à 23:31, par Elviathan

Je ne serais pas étonné que certains soient programmés pour inhiber ces 2 finesses... Question de "survie".
Je pense pour ma part (avec toutes les pincettes dûes à ma faible sensibilité émotionnelle) que l'émotion a toujours un impact, car l'émotion qui ne monte pas à la surface des sens de l'individu, comme dans le cas du refoulement dont tu as parlé, est quand même "notée" quelque part. Mémoire du corps, des cellules ou tout simplement inconscient, je ne sais pas, mais je parierais là-dessus.
Je pense en fait que l'émotion est un processus qui a toute son utilité, même si celle-ci m'échappe un peu : je pense que c'est un langage, un moyen de communication. Actuellement mon idée, qui est plus théorique que pratique, c'est que cette communication se fait entre le corps et l'esprit (mais je ne saurais préciser quelle dimension de l'esprit... Mental, inconscient ?).
Bref, tout ça pour dire que les messages émotionnels ne sont jamais perdus... Au pire il renforcent un schéma comportemental déjà établi.

* Lohey : Jeu suis également convaincu que l'émotion pure (indépendamment de sa sensation et de son comportement éventuels) existe, accessible. Par expérience, jeu constate que, au moins un intérêt de l'émotion, est de pointer directement sur une partie précise de l'égo, ou plus spécifiquement sur une des identités abstraites qui fondent le système de pensées. L'intérêt est la libération de l'être (au sens individuel). Pour moi, à l'instant très précis où jeu ne suis pas libre, dans le sens de capable de produire un vécu intérieur et extérieur devant un tableau sensoriel, devant une situation précise, alors une émotion vient me parler très très précisément de ce qui m'en empêche. S'il est vrai que nous avons des corps "énergétiques" en plus des corps physiques, jeu pense que l'émotion est dans ces corps là, même si donc, elle vient se manifester également dans le corps physique. Jeu constate aussi qu'il y a une intensité émotionnelle. Plus l'intensité est grande, plus l'impression physique est désagréable et, dans mon expérience, plus il y a urgence de lâcher prise de l'identité concernée qui devient totalement contraignante pour la liberté d'être exprimée ci-dessus.

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