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Dans le texte « L'Art, c'est ça ! », j'ai désiré montrer la nature multiordinale (voir la "sémantique générale") du mot "art". C'est à dire que, suivant le niveau d'abstraction qui fait le contexte dans lequel le mot est employé, il revêt un sens différent. Au final, se détacher du mot me semble essentiel pour interpréter le plus directement possible la réalité que le mot prétend représenter. Si le mot est utile pour communiquer avec autrui, il est un très mauvais filtre de l'observation du réel. Le mot "art" représente une observation extérieure à soi, majoritairement. Cette fois, je me propose d'aborder le mot "aimer" qui, lui, demande une observation intérieure. Que la réalité soit extérieure ou intérieure, le mot nous empêche d'être en elle directement. Il crée une image mentale intermédiaire, le plus souvent culturelle et normative, qui peut être confondue avec la réalité. Je suis alors bien en quelque chose, je suis dans l'illusion. A la fin du texte sur l'art, je décris une situation qui réunit l'art et l'amour. L'amour dans un contexte précis, dans un niveau d'abstraction spécifique... |
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Le mot n'est pas la réalité
Plutôt que répondre à ces questions dans l'absolu, j'aimerais tenter d'observer ce qui est, selon moi bien sûr... Alors oui, j'ai aimé certains êtres en partie comme j'ai aimé certains objets. En voulant posséder les uns comme les autres, en ayant besoin des uns comme des autres... Aussi, j'ai entendu certains dire qu'ils aimaient une voiture ou un objet cher davantage que leur femme ou mari... D'autres qu'ils aimaient les animaux davantage que les êtres humains... Je me souviens lorsque je voyais l'Amour comme un concept unique et que j'y faisais cadrer mes relations... Beaucoup m'ont dit chercher l'Amour... Beaucoup m'expliquent tous les types d'amour qui existent ; aimer comme un frère, aimer comme un ami, aimer un amant, aimer passionnément, aimer un objet, être amoureux. C'est très différent d'aimer, être amoureux. Parfois l'un est plus fort que l'autre et parfois c'est exactement le contraire ! Aimer bien, aimer beaucoup, aimer un peu, aimer vraiment, aimer tout court. Le plus court étant cette fois, en général, le plus grand. Il y a aussi des amours pures, des amours divines, des amours absolues. A en croire les mots, tout ceci est bien compliqué. A moins que ce ne soit compliqué tout court ? |
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Pour commencer ce texte, j'ai trouvé utile de se laisser berner par les mots, en faisant comme si le même mot décrivait toujours la même réalité. En oubliant la nature multiordinale du mot "aimer". En faisant comme si le mot était ce qu'il représentait. A y regarder autrement, au-delà des mots, je propose de s'amuser du constat que ces amours verbalisées sont systématiquement extirpées hors du corps de celui qui aime. A en croire les mots, l'amour ne dépend pas de celui ou celle qui est pourtant le seul à pouvoir le ressentir mais de 'l'objet' aimé. Une image extérieure de l'amour au lieu du sentiment vécu profondément, au sein de l'être. Et nous voici alors partis dans une catégorisation du sentiment d'amour en fonction de ce qui est aimé. Naturellement, ou du moins influencé par le langage, il semble cohérent de commencer par les objets, puis les animaux, sans oublier les plantes, peut-être aussi les minéraux qui ne sont pas tout à fait des objets comme les autres, mais éventuellement quand même moins important qu'un animal, surtout le mien d'animal qui, quand même, est plus digne d'amour qu'une crevette. Puis les êtres humains, mais pas tous pareillement, d'abord y'a des méchants. Puis y'a ma famille. Elle, je suis obligée de l'aimer ; c'est écrit, et en latin. Mais bon, y'a famille et famille, les proches et les moins proches. Aussi, y'a les gens aimables, ce qui signifie qu'ils ne le sont pas vraiment. Et encore les copains et les amis. Et enfin l'amour avec qui on opère quelques rapports sexuels. Mais là non plus, y'a pas vraiment de règles, parfois on n'aime pas quand même, il paraît que c'est pour l'hygiène, et puis parfois on aime mais on peut pas ou on veut pas. Bon... Y'a aussi des amours supérieures qui n'ont pour ainsi dire plus d'objet, sauf peut-être Dieu, des sortes d'amour énergie, absolus qui s'adressent à tout le monde dans la plus grande pureté. Bien sûr, cet ordre varie grandement selon les cultures, les individus... Même la "sémantique générale" pourrait participer à faire tomber dans l'illusion que ce découpage correspond fidèlement à une réalité humaine. Effectivement, à y regarder un peu vite, voici différentes couches, vers des niveaux d'abstractions de plus en plus élevés, avec un sens spécifique du mot "aimer" à chaque couche. Ca colle bien aux mots. A moins que ça ne colle tout court ? |
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Toucher la réalité pour être touché, puis toucher...Puis-je oser proposer que l'on change d'approche ? Aïe... trop tard, j'ai déjà commencé ! Je voudrais que soit tenté d'observer l'amour directement. Mais j'ai un problème : pour te communiquer ceci, j'ai besoin des mots. Ce qui ne signifie pas que je vis ce dont je vais témoigner au travers de mots, de la pensée, mais comment en parler autrement ? Est-il possible de témoigner d'un vécu non verbal avec des mots ? J'ai pas d'autres choix que d'essayer ! Tu me diras... |
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Ma fonction sentimentale n'accède pas à la mémoire, c'est ma pensée qui le fait. Très subjectivement, elle aime ou n'aime pas ce qu'elle perçoit au présent et seulement au présent. Bien sûr, un 'objet', vivant ou pas, est en général complexe. Ainsi parmi toutes les parties de lui que 'l'objet' en question m'offre en évaluation subjective selon les situations, il y en a certaines que j'aime et certaines que je n'aime pas. Globalement, je peux dire que j'aime plus ou moins suivant si j'aime une partie ou une totalité de ce que 'l'objet' aimé est. Ainsi, mon amour ne sait pas faire autrement que ressentir, dans le présent, ce qui passe par mes sens. Le reste est pensées ! Je n'ai rien contre le fait de mettre le mot "amour" sur ces pensées, mais ça ne change pas pour autant magiquement ces pensées en sentiments. Tout ce que je peux faire concernant l'amour en tant que sentiment, c'est le vivre. Tout contrôle ou décision est impossible ! Et moins je le confonds avec des pensées ou des sensations, plus je le vis pleinement, plus je peux apprécier les nuances de son unicité. Plusieurs sculptures selon 'l'objet' aimé, mais faites de la même argile. Non pas qu'il y ait plusieurs amours mais puisqu'il s'agit d'aimer ce qui est, le sentiment ne peut pas avoir une forme identique à chaque fois, à moins de toujours aimer inconsciemment le même 'objet' ; soi par exemple... D'une part, cette diversité ne dépend pas de catégories d'objets, mais de chaque 'objet', tous uniques. D'autre part, elle intervient en nuances à l'intérieur du même sentiment d'amour. Ainsi, il ne s'agit pas d'un éventail de sentiments d'amour, chacun différemment amalgamé avec des pensées et des sensations. Il s'agit bien d'un seul sentiment, en rapport avec des pensées et des sensations (être "en rapport avec" n'étant pas "se confondre avec"), mais indépendant de l''objet' aimé dans sa nature, dépendant de l'objet aimé dans sa forme ! Vivre l'amour entièrement, de la neige ou d'un être-humain, c'est jouir d'une profondeur strictement unique; en même temps que jouir de manifestations afférentes infinies. Se limiter aux formes que prend l'amour, c'est perdre son fondement ! |
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Ceci n'étant que l'interprétation de mon vécu, sans prétention universelle et dans le regret pragmatique de devoir autant utiliser le mot "objet" pour parler d'amour. Merci donc de continuer à lire, écouter, plutôt ressentir au-delà des mots, celui-ci en particulier car multiordinal lui aussi selon qu'il représente un objet particulier ou l'objet générique en opposition au sujet... |
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Réalité humaine : Sensation, Sentiment, Pensée
L'amour est un sentiment, seulement un sentiment. Tout du moins, il existe un sentiment, seulement un sentiment, qu'il faut bien nommer pour en parler. Dans la hiérarchie des types d'amour évoquée plus haut, chaque type est imbriqué avec quelques pensées et quelques sensations : en général, l'amour-ami (souvent appelé "amitié") n'implique pas de désirs charnels, ou alors si c'est le cas, c'est parfois interdit. Pas forcément de le ressentir, mais au moins de le transformer en actes. Par contre, le passage à l'acte du désir sexuel est socialement accepté dans l'amour-couple, qu'il soit ou pas officiel (plus ou moins accepté, c'est selon... beaucoup de choses). Et puis parfois le cœur bât, parfois même pas, parfois on a besoin, parfois c'est même vital. Parfois plus rien d'autre n'existe au monde. Et si ça ne fait pas comme les amours précédents, et plus particulièrement le premier, alors ça n'est pas de l'amour. Certains ne sont plus capables d'aimer, d'autres décident d'aimer ou pas. D'autres ne savent pas s'ils aiment ou pas ! D'autres encore n'ont plus envie, ça ne les intéresse plus ou ils n'y croient plus. Tout ceci généralement en référence à un passé souffrant, avec une mémoire qui s'interpose énormément entre l'être et son présent, entre l'être et sa croyance ferme (soumise ou rebelle) que l'Amour en tant que concept général a bien une réalité. Cet Amour, peut-être se trouve-t-il derrière un buisson fleuri sur une île paradisiaque ou sous les cheveux d'un chanteur fané, avec beaucoup de fans. Surtout, si tu trouves Le Amour, t'en laisse un peu pour les autres, hein ? Et ne le fais pas tomber ! Beaucoup de réflexions, de concepts plus ou moins culturels, de souvenirs, d'images, de symboles mais nous sommes très loin du sentiment vécu au présent, tout simplement. Plutôt qu'observer ce qui est, le sentiment est mélangé selon un "devrait être" virtuel, un peu avec les désirs charnels qui se situent donc au niveau de la sensation, et un peu aussi avec les relations, qu'elles soient d'amitié, de couple ou autres. Pourtant, les relations ne sont qu'un ensemble d'actes qui peuvent se décider et qui nécessitent donc un accès à la pensée. Surtout, le sentiment est perdu dans l'image de l'Amour avec un grand "A" qui n'existe que dans la mémoire et en rien dans le vécu sentimental concret. Il ne s'agit pas de nier le lien qui existe entre ces sensations, ce sentiment et ses pensées, mais simplement d'avoir pleinement conscience de ce qui est vécu intérieurement. A quoi cela mène-t-il ? A ne plus se prendre le coeur dans des amalgames pour libérer ce qui est ressenti sans contrôle possible, à savoir le sentiment et les sensations (qui pour autant ne sont pas la même chose), en les distinguant de ce qui est du domaine de la décision, à savoir les relations. |
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Avoir ou Être« Ok, ça a presque l'air tout logique, n'empêche que c'est quand même pas pareil d'aimer un camion ou un homme ! » Vu que je suis l'auteur du présent texte, je vais m'autoriser à répondre à ceci par : « Vraiment ? Est-ce ce qui est où ce que l'on pense qui devrait être ? ». Est-ce que j'aime différemment suivant le type 'd'objet' aimé ou est-ce que je peux aimer un camion de plusieurs façons et un homme de plusieurs façons ? N'y a-t-il pas des individus possédés, jalousés, entretenus comme de vulgaires objets ? N'y a-t-il pas une différence entre aimer une fleur en pleine nature, la regarder, la sentir, la toucher, être en sa présence puis la laisser à son existence, plutôt qu'acheter une télévision, la ramener chez soi, la posséder jalousement, en être fier et montrer tous ses attributs modernes à quelques amis ? Exactement comme on l'avait fait quelques temps avant avec sa femme, certifiée à soi par des administrations légales comme la télévision fut certifiée à soi par ces mêmes administrations légales ? N'y a-t-il pas une différence entre aimer un dieu pour soulager une peur profonde, plutôt qu'observer en soi un sentiment lié à une expérience spirituelle directement vécue ? N'y a-t-il pas une différence entre s'attacher à une image de soi représentant un individu qui aime purement et universellement, s'en enorgueillir, plutôt que regarder avec honnêteté et humilité ce qu'il en est réellement au jour le jour ? Il y aurait tellement d'exemples... Dans la réalité (et pour l'entrevoir il est indispensable de mettre les mots et la pensée de côté), la différence est-elle dans les différents 'objets' aimés, ou dans le mode d'existence qui fonde ce que celui ou celle qui aime dit 'aimer' ? Avoir ou Être ? Aimer pour avoir, parce que l'on est identifié à 'l'objet' aimé, qu'on en a besoin, que la peur de le perdre, et donc de se perdre un peu, va jusqu'à rendre jaloux ? Ou être simplement soi dans la présence des autres, dans la présence de toute chose ? Aimer pour ce qui est sans contrôle, sans possession, juste être aimant... ou pas...
Alors bien sûr, les actes conduit par l'amour d'un objet vont forcément être différents des actes conduit par l'amour d'un être vivant, et encore différents des actes conduit par l'amour des êtres qui communiquent comme soi. Il est très rare que l'on argumente sur certaines pensées de Socrate avec une méduse ou que l'on joue aux échecs avec une guitare. Je crois que ça s'est même jamais vu... Et dans une relation de couple, les actes diffèrent de ceux d'une relation d'amitié, d'une relation parentale, d'une relation fraternelle. Les pensées et les décisions diffèrent, oui, mais qu'en est-il du sentiment ? Sans pensées, qu'en est-il ? |
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